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08/06/2016 09:29 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Cameroun: nouveau report du procès d'un correspondant de RFI accusé de "terrorisme"

La suite du procès pour "complicité de terrorisme" d'un correspondant de Radio France International (RFI) au Cameroun, Ahmed Abba, détenu depuis plus de 10 mois, a été renvoyée au 6 juillet, a constaté mercredi un journaliste de l'AFP.

Le tribunal militaire de Yaoundé, où devait comparaître le correspondant camerounais de RFI en langue haoussa, a reporté l'audience pour permettre au ministère public de communiquer sa liste de témoins à la défense.

Cette formalité aurait dû être accomplie au moins cinq jours avant l'audience de mercredi, mais le procureur de la République a évoqué "un léger dysfonctionnement" au sein du parquet.

Le procès du journaliste s'est ouvert le 29 février. Il est poursuivi pour "complicité de terrorisme et non-dénonciation des actes de terrorisme" du groupe islamiste Boko Haram, qui mène régulièrement des attaques dans le nord du Cameroun, selon le tribunal.

Selon ses avocats, ces chefs d'inculpation s'appuient sur des entretiens qu'Ahmed Abba a menés dans le cadre d'un reportage. Il lui est notamment reproché de ne pas avoir partagé avec les autorités les informations qu'il a collectées sur l'organisation jihadiste.

Ahmed Abba, qui risque la peine capitale, a contesté les faits et plaidé "non coupable".

Mercredi, l'un de ses avocats, Me Charles Tchougang, a demandé la mise en liberté provisoire de M. Abba, en le plaçant "sous surveillance judiciaire". Les juges n'ont pas répondu à cette requête.

L'ONG Reporters Sans Frontières a dans un communiqué exigé sa "libération immédiate" et l'abandon des poursuites engagées contre lui.

Le procès avait déjà été renvoyé en mars pour permettre aux juges de statuer sur les violations présumées des droits de l'accusé, soulevées par ses avocats. En avril, le tribunal avait décidé de maintenir les poursuites.

Interpellé le 30 juillet 2015 à Maroua, capitale régionale de l'Extrême-Nord du Cameroun, théâtre de plusieurs attaques et attentats de Boko Haram, M. Abba a été transféré à Yaoundé où il a été détenu plusieurs mois "dans le secret total et absolu" à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE, renseignements), selon ses avocats.

Le Cameroun a adopté en décembre 2014 une loi anti-terroriste très controversée, prévoyant la peine capitale pour les auteurs ou complice d'actes de terrorisme. L'apologie du terrorisme y est aussi sévèrement réprimée.

Trois autres journalistes sont jugés devant le tribunal militaire de Yaoundé dans le cadre légal prévu par ce texte.

rek-cl/de