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08/06/2016 02:01 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Allemagne - Joueur de Wolfsburg et payé comme au McDo, la vie du "gamer" professionnel

Il gagne autant qu'au McDo et craint plus pour ses poignets que pour ses tibias: David Bytheway se démarque de ses "coéquipiers" de Wolfsburg. Normal: c'est devant sa console que ce joueur vidéo professionnel arbore les couleurs du club allemand.

En recrutant Bytheway, Britannique de 22 ans, en janvier dernier, Wolfsburg est devenu le premier club allemand à investir dans le foot virtuel, embrassant un mouvement qui fait des émules aussi ailleurs.

"Nous voulons être parmi les clubs de Bundesliga les plus en avance dans ce domaine", assène Klaus Allofs, directeur sportif de Wolfsburg, "notre objectif est de faire la connexion entre le foot réel et le foot numérique".

Avec Bytheway, le club a jeté son dévolu sur un des meilleurs e-footballeurs du monde, dauphin du Mondial-2014 qui s'est tenu au Brésil en parallèle du "vrai". Autant que possible, Bytheway revêt l'identité de Wolfsburg dans les parties qu'il dispute. Mais pas systématiquement.

Le jeune homme à la silhouette élancée joue en compétition depuis qu'il a 16 ans. Après avoir abandonné au bout d'un an des études d'informatique, il s'est mis à gagner sa croûte en jouant à FIFA, jeu vidéo de foot emblématique de l'éditeur américain EA Sports. Ce faisant il a réalisé le rêve de milliers d'aficionados du jeu vidéo: se livrer à sa passion, et être payé pour cela, en jouant en ligne contre d'autres joueurs pour de l'argent, et en gagnant.

- 'une vie confortable' -

Après avoir atteint la finale du Mondial en 2014, perdue contre le Danois August Rosenmeier, Bytheway a été pris sous contrat par l'agence de sport numérique Stark, qui l'a ensuite mis en contact avec Wolfsburg.

"Si quelqu'un m'avait dit il y a quelques années que j'en serais là, j'aurais rigolé", dit-il à l'AFP.

Mais son salaire est encore sans commune mesure avec les millions empochés par les joueurs qui s'activent sur le terrain.

"Si je faisais cuire des burgers au McDo 40 heures par semaine, ce serait à peu près pareil", révèle-t-il à propos de sa rémunération. "Mais c'est une vie confortable (...), je participe à beaucoup d'événements, j'ai des apparitions dans les médias", autant d'extras qui mettent du beurre dans les épinards.

Et il est persuadé qu'à mesure que la discipline va gagner ses galons, la valeur de marché des joueurs va augmenter. "Un jour on pourrait être payé autant que les autres", assure celui qui compte maintenant en quelque sorte André Schürrle et Maximilian Arnold parmi ses coéquipiers - mais en quelque sorte seulement: lui travaille depuis l'Angleterre, et ne va que rarement à Wolfsburg. Il n'a de facto aucune interaction avec les stars de la Bundesliga.

- peur de l'arthrose -

L'effervescence autour du foot virtuel touche aussi d'autres clubs: en Angleterre, West Ham a récemment recruté un autre Britannique, le numéro deux du Mondial-2015 Sean Allen. Et le club allemand de Schalke 04 s'est assuré le mois dernier les services d'une équipe de cinq "gamers", stratège et entraîneur compris.

Bytheway garde les pieds sur terre et s'efforce à la discipline. "J'essaie de préserver mon rythme de sommeil", raconte-t-il, "la plupart des joueurs sont des oiseaux de nuit, donc ce n'est pas toujours facile".

Sa plus grosse angoisse: une blessure au poignet. "Avec un poignet cassé, c'est la fin", sait-il. "Le plus gros risque c'est de donner un coup contre la table dans un mouvement de frustration".

Mais à part cela, contrairement aux joueurs sur le terrain dont la carrière sera terminée à 35 ans, les perspectives sont riantes. "A part si j'attrape de l'arthrose dans les doigts, je peux continuer à jouer", assure Bytheway. "Il arrivera un moment où ma réactivité va ralentir", concède-t-il, "mais je ne pense pas trop à ça encore".

ryj/mtr/alf/ah