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05/06/2016 10:44 EDT | Actualisé 06/06/2017 01:12 EDT

Quand la LHJMQ est partie, les Américains dansent

BILLET - La situation était on ne peut plus cocasse. Samedi, pendant que les équipes de la LHJMQ procédaient à leur repêchage annuel à Charlottetown, une douzaine d'entraîneurs de la NCAA rencontraient une centaine de hockeyeurs à Montréal afin de leur vanter les mérites du hockey universitaire américain.

Un texte de Martin Leclerc

Le camp Apex est organisé depuis six ans par Claude Morin et Phil Roy. Le premier est directeur athlétique du cégep André-Laurendeau, et le second est entraîneur adjoint du programme de hockey de l'université Clarkson.

Apex est une mise en vitrine organisée expressément pour permettre aux entraîneurs du hockey universitaire américain de se familiariser avec le talent québécois, qui les intrigue pour plusieurs raisons. Parmi les joueurs qui ont participé aux cinq premières éditions du camp Apex, 37 s'alignent avec des équipes de la NCAA ou ont obtenu des engagements de la part d'universités américaines.

« De plus en plus d'entraîneurs nous visitent. Il y a de nouveaux visages chaque année. Les équipes de la NCAA s'intéressent de plus en plus au Québec parce que c'est un territoire où le recrutement a longtemps été un peu négligé en raison de notre caractère francophone. Culturellement, ce n'est pas aussi facile pour un joueur francophone d'envisager des études aux États-Unis que pour un joueur de la Colombie-Britannique, par exemple. »

« Les entraîneurs de la NCAA sont très ouverts d'esprit et contents de venir rencontrer et évaluer nos joueurs. Ils recherchent tous la perle rare ou le joueur talentueux qui aurait pu être oublié quelque part, » explique Claude Morin.

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Depuis vendredi, et durant trois jours, la douzaine d'entraîneurs présents ont eux-mêmes dirigé des séances d'entraînement sur glace en plus d'évaluer les candidats du camp Apex en situation de match.

Samedi avant-midi, le Montréalais Michael Matheson, un jeune espoir des Panthers de la Floride récemment proclamé défenseur par excellence au Championnat mondial, est venu rencontrer les participants au camp Apex pour leur parler de son expérience sportive et académique à Boston College.

Et un peu plus tard en soirée, les joueurs et leurs parents ont été conviés à une séance d'information. Chaque entraîneur a pu présenter son programme et son université.

Par ailleurs, Nate Ewell, un représentant de College Hockey Inc. (un organisme d'information regroupant les 60 programmes de division 1 de la NCAA) a vanté les mérites du hockey universitaire en lançant des statistiques frappantes, et parfois même un peu assassines à l'endroit du hockey junior majeur. Quelques exemples :

- Parmi les 515 joueurs repêchés par des équipes de la LHJMQ en 2005 et en 2006, seulement cinq jouent régulièrement dans la LNH (Mathieu Perreault, David Perron, Alex Killorn, Brian Strait et Brad Malone). Et trois de ces cinq joueurs (Killorn, Strait et Malone) ont été formés dans la NCAA.

- Le nombre de joueurs de la LNH provenant des universités a bondi de 235 à 305 au cours des dix dernières années, et 31% des joueurs de la LNH proviennent maintenant de la NCAA.

- 92% des hockeyeurs de la NCAA obtiennent un diplôme universitaire, ce qui est le plus haut taux de diplomation, tous sports collectifs universitaires confondus.

- L'âge moyen des recrues qui accèdent à la LNH est de 22,8 ans soit à peu près l'âge où les hockeyeurs de la NCAA terminent leurs études.

- Plus les hockeyeurs universitaires poursuivent leurs études longtemps, meilleures sont leurs chances d'accéder à la LNH. Parmi les 305 joueurs de la NCAA qui ont accédé à la LNH, 73% ont joué au moins trois saisons à l'université.

- Depuis le début de la finale de la coupe Stanley, tous les buts inscrits par les Penguins de Pittsburgh (sauf un) ont été inscrits par des joueurs formés dans les rangs universitaires. 56% de l'alignement des Penguins est composé d'anciens joueurs de la NCAA.

- Etc...

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Bien entendu, chacun prêche pour sa paroisse et vend son produit le mieux possible. N'empêche, places-vous un instant dans les souliers des hockeyeurs et des parents assis dans la salle. Toutes ces données donnent matière à réflexion.

« Et c'est exactement le but recherché, » affirme Ben Guité, un Montréalais qui a fait carrière chez les professionnels pendant 13 ans (dont un séjour de trois saisons chez l'Avalanche du Colorado) après avoir été formé à l'université du Maine. Détenteur d'une maîtrise en administration, Guité est depuis trois ans entraîneur adjoint du programme de hockey de l'université du Maine.

« Nous ne sommes pas là pour dénigrer le hockey junior majeur, mais plutôt pour renseigner les athlètes-étudiants quant aux options qui s'offrent à eux. Par la suite, c'est à eux et à leurs parents de décider. Quand je parle aux jeunes du programme de mon université, je parle avec mon cœur parce que je l'ai vécu comme joueur et comme entraîneur. »

« On ne peut pas perdre quand on choisit de s'instruire en jouant au hockey parce qu'il y a une certitude dans la vie : que ce soit à 18 ans, 22 ou 32 ans, un hockeyeur sera poussé vers la retraite un jour. Il vaut donc mieux avoir une garantie pour la suite des choses. J'ai passé sept ans dans les ligues mineures avant d'accéder à la LNH. Je peux vous certifier que les longues randonnées en autobus ne m'empêchaient pas de dormir. Je savais que peu importe mon sort dans le monde du hockey, j'allais pouvoir faire vivre ma famille et mener une belle carrière, » de raconter Ben Guité.

Phil Roy et Ben Guité sont les deux seuls entraîneurs québécois qui œuvrent dans la NCAA

« Je considère essentiel de participer à ce camp pour sensibiliser les jeunes hockeyeurs du Québec à l'option du hockey universitaire, parce qu'ils en entendent très peu parler. En plus, ça me permet de dénicher des joueurs de talent et de faire connaissance avec eux, » souligne Guité.

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La saison dernière, les Black Bears du Maine alignaient Cédrick Lacroix, une recrue dont le père a mené une brillante carrière dans la LHJMQ. Le père de Cédrick Lacroix, Daniel Lacroix, est entraîneur-adjoint chez le Canadien.

« On entend souvent des joueurs professionnels qui sont passés par les rangs juniors dire que si c'était à refaire, ils opteraient pour l'université. Mais on n'entend jamais le contraire, » argue Ben Guité.

En fin de compte, lorsqu'on décortique toutes les données offertes par les représentants de la NCAA, la vraie question n'est pas de savoir si le hockey universitaire est une meilleure option que le hockey junior, puisque les deux s'adressent à des groupes d'âge sensiblement différents.

Il faut plutôt se demander pourquoi les universités québécoises francophones ne créent pas de programmes d'excellence en hockey masculin? Pourquoi ne voient-elles pas le rôle essentiel qu'elles pourraient jouer dans le développement académique et sportif de nos meilleurs jeunes hockeyeurs après leur passage dans les rangs junior? Collectivement, le Québec serait-il meilleur si 92% de ses meilleurs hockeyeurs décrochaient des diplômes universitaires?