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05/06/2016 14:05 EDT | Actualisé 06/06/2017 01:12 EDT

Pérou/Présidentielle: la fille Fujimori et Kuczynski au coude-à-coude

Keiko Fujimori, la fille de l'ex-chef de l'Etat Alberto Fujimori, emprisonné pour crime contre l'humanité, et Pedro Pablo Kuczynski étaient au coude-à-coude dimanche à l'issue du second tour de la présidentielle au Pérou, selon des sondages sortie des urnes.

M. Kuczynski, un ancien banquier de Wall Street de 77 ans (centre-droit) devançait légèrement la candidate de droite de 41 ans, selon deux sondages sur trois.

L'institut Ipsos créditait M. Kuczynski de 50,4% des voix, contre 49,6% pour Mme Fujimori. Selon l'enquête Gfk, Kuczunski obtenait 51,2% des votes contre 48,8% à sa rivale.

En revanche, l'institut CPI plaçait Mme Fujimori légèrement en tête, avec 51,1% des voix, devant M. Kuczynski (48,9%).

Les premiers résultats officiels sont attendus vers 02H00 GMT lundi.

Derrière la candidate Keiko Fujimori plane l'ombre d'Alberto, son père aujourd'hui âgé de 77 ans, ex-président du Pérou (1990-2000) qui a laissé le souvenir d'un homme à la poigne de fer face à la guérilla du Sentier lumineux (communiste), au coeur d'un conflit interne ayant fait 70.000 morts ou disparus.

Seize ans après sa démission, Fujimori, qui purge une peine de 25 ans pour corruption et crime contre l'humanité, continue de diviser le pays.

"Nos parents ont pu faire des erreurs mais cela ne veut pas dire que les enfants feront pareil", a affirmé à l'AFP Silvia Cuadros, fonctionnaire de 45 ans votant à Miraflores, quartier du centre de Lima, laissant entendre qu'elle avait choisi Keiko Fujimori.

"Nous ne voulons plus de dictatures. Il y a eu beaucoup de répression, beaucoup de morts et de disparus", a rétorqué, près du même bureau de vote, Enrique Castillo, propriétaire d'une entreprise textile de 61 ans.

Après avoir fait la course en tête des sondages, Keiko Fujimori, 41 ans, candidate pour le parti Fuerza Popular, a été rattrapée ces derniers jours par son rival, surnommé "PPK".

Pour succéder au président de gauche Ollanta Humala, au pouvoir depuis 2011, "la course promet d'être serrée", estime Adam Collins, analyste de Capital Economics.

Au premier tour le 10 avril, Mme Fujimori avait raflé 39% des suffrages contre 21% pour M. Kuczynski. Mais depuis, ce dernier "recueille les votes anti-fujimorisme", explique Luis Benavente, directeur de l'institut de sondages Vox Populi.

Veronika Mendoza, parlementaire de gauche arrivée troisième (18,74%) au premier tour, a apporté à l'ex-banquier son soutien, pendant que des milliers de Péruviens manifestaient pour dire "non à Keiko". La campagne a été émaillée d'accusations de corruption, de blanchiment d'argent et de trafic de drogue dans le camp Fujimori.

- Insécurité -

Tout en prenant ses distances avec son père, Keiko Fujimori mise sur un ambitieux plan sécuritaire digne de ce dernier, incluant l'isolement des détenus les plus dangereux dans des prisons en altitude.

"De nombreux sympathisants de Keiko se souviennent d'un gouvernement (celui de son père, ndlr) très ferme contre le terrorisme et pensent qu'elle peut avoir la même fermeté contre la délinquance", observe Maria Luisa Puig, analyste du cabinet Eurasia.

Elle répond ainsi à la première préoccupation des Péruviens, dans ce pays miné par la violence du crime organisé, tout en séduisant les classes rurales et pauvres. Mme Fujimori "nous garantit qu'elle combattra la délinquance" alors que "Kuczynski roule plus pour les millionnaires", résumait dimanche Mauricio Quispe, retraité de 67 ans, juste après avoir voté.

"Aujourd'hui est un jour de fête et celui qui doit gagner, c'est le Pérou", a lancé face aux caméras une Keiko Fujimori enthousiaste, après avoir passé la campagne à adoucir son image, vue comme froide et distante.

Les deux candidats ont des profils similaires : descendants d'immigrants, pro-marchés et éduqués dans des universités américaines.

Et M. Kuczynski a lui aussi fait campagne sur la sécurité. "Votez avec joie et pensez à la démocratie et au dialogue, les seules choses qui peuvent nous sauver de la corruption, du narcotrafic et des inquiétudes", a-t-il déclaré dimanche.

Le pays, un des premiers producteurs au monde de cocaïne, est aussi confronté au ralentissement économique, à la pauvreté endémique et aux conflits sociaux dans l'activité minière, centrale au Pérou.

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