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05/06/2016 08:03 EDT | Actualisé 06/06/2017 01:12 EDT

Face-à-face Chine/Etats-Unis sous haute tension

La Chine et les Etats-Unis se retrouvent lundi à Pékin pour leur face-à-face annuel stratégique et économique, un rendez-vous cette année sous haute tension alimentée par les contentieux territoriaux en mer de Chine méridionale.

Les deux premières puissances mondiales ont eu dimanche une brusque poussée de fièvre à propos de ces litiges maritimes qui opposent la Chine à ses voisins d'Asie du sud-est et qui empoisonnent toute la région: Washington et Pékin se sont accusés de "provocations".

Le secrétaire d'Etat John Kerry, arrivé dimanche soir dans la capitale chinoise en provenance de Mongolie, et le secrétaire au Trésor Jacob Lew piloteront la délégation américaine du "8e Dialogue stratégique et économique" entre les Etats-Unis et la Chine lundi et mardi. Côté chinois, ils seront reçus par le vice Premier ministre Wang Yang et par le conseiller d'Etat du président Xi Jinping, Yang Jiechi, qui a la main sur la politique étrangère.

Mer de Chine méridionale, Corée du Nord, Taïwan, changement climatique, cyber-sécurité, terrorisme, niveau du yuan, échanges commerciaux et coopération économique: la liste est loin d'être exhaustive mais le Trésor américain s'est borné à annoncer un "dialogue centré sur les défis et les opportunités auxquels les deux pays font face".

Dans un entretien à une télévision de Hong Kong réalisé mercredi à Washington mais diffusé dimanche, John Kerry a tenté d'arrondir les angles.

"Nous sommes des économies et des pays très puissants. Certaines personnes essaient de créer un sentiment de tension et d'affrontement mais je crois qu'il est bien plus important de travailler sur les choses sur lesquelles on peut coopérer", a fait valoir le chef de la diplomatie américaine.

Il a vanté la collaboration des deux géants sur le nucléaire iranien, le climat, Ebola, voire la Corée du Nord, dont les programmes nucléaire et balistiques ont été condamnés à l'unanimité du Conseil de sécurité de l'ONU. Donc avec la voix de Pékin allié de Pyongyang.

Mais le ton devrait être moins conciliant sur la mer de Chine méridionale. D'autant qu'approche une décision de la Cour permanente d'arbitrage de la Haye saisie par les Philippines face à la Chine.

- 'Militarisation' -

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, où ses travaux d'infrastructures et de remblaiements sur des îlots contestés provoquent la colère des Etats riverains, le Vietnam, les Philippines, Brunei et la Malaisie.

A Oulan-Bator dimanche, John Kerry a tonné contre la "militarisation" de cette zone maritime riche en ressources et crucial pour le commerce mondial.

Pékin a rétorqué que "les pays extérieurs devraient jouer un rôle constructif à ce sujet, pas l'inverse".

Cette question "s'envenime à cause des provocations de certains pays qui poursuivent leurs intérêts égoïstes", a déclaré l'amiral chinois Sun Jianguo lors d'une réunion internationale sur la sécurité à Singapour.

Car la Chine se heurte aux Etats-Unis, pour qui l'Asie-Pacifique est une priorité diplomatique, et qui défendent la liberté de navigation dans ces eaux stratégiques pour les échanges mondiaux. Washington a même envoyé des navires de guerre croiser à proximité d'îles contrôlées par Pékin.

Les relations entre sino-américaines s'étaient brutalement tendues en 2013 après que Pékin eut unilatéralement instauré une zone aérienne d'identification sur une grande partie de la mer de Chine orientale, entre la Corée du Sud et Taïwan.

Or une source militaire chinoise a affirmé cette semaine au South China Morning Post que Pékin pourrait déclarer une zone aérienne de défense et d'identification (Adiz) en mer de Chine méridionale.

"Nous considérerions une Adiz au-dessus de portions de la mer de Chine méridionale comme un acte provocateur et déstabilisateur qui ferait automatiquement monter les tensions", a mis en garde John Kerry à Oulan-Bator.

Jeudi, en présentant le dialogue stratégique et économique devant la presse, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Zheng Zeguang avait souligné que "les Etats-Unis avaient dit ne pas prendre position sur les contentieux territoriaux" en mer de Chine méridionale.

"Une confrontation entre les Etats-Unis et la Chine serait tout simplement catastrophique pour les deux pays et pour le monde", avait-il averti.

Un diplomate américain a reconnu dimanche auprès de l'AFP que "les tensions en mer de Chine méridionale étaient plus élevées qu'il y a un an" lors du Dialogue Etats-Unis/Chine précédent.

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