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04/06/2016 20:03 EDT | Actualisé 05/06/2017 01:12 EDT

En Mongolie, Kerry condamne la "militarisation" de la mer de Chine

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a profité dimanche de son passage en Mongolie, coincée entre la Russie et la Chine, pour dénoncer la "militarisation" par Pékin de territoires disputés en mer de Chine méridionale et mettre en garde la Chine contre toute "provocation".

Après Oulan-Bator, M. Kerry est attendu dans la soirée à Pékin pour le "dialogue stratégique et économique" annuel entre les deux premières puissances mondiales.

Les tensions en mer de Chine méridionale entre Pékin et ses voisins d'Asie du sud-est devraient dominer ces réunions sino-américaines lundi et mardi: Washington s'alarme depuis des mois de la "militarisation" de la région maritime, notamment de la construction d'infrastructures et des travaux de remblaiement par la Chine sur des îles disputées.

"Nous considérerions une ADIZ (une Zone aérienne de défense et d'identification, Ndlr) au-dessus de portions de la mer de Chine méridionale comme un acte provocateur et déstabilisateur qui ferait automatiquement monter les tensions", a mis en garde John Kerry lors d'une conférence de presse à Oulan-Bator.

"Nous exhortons la Chine à ne pas prendre de mesures unilatérales de manière provocatrice", a insisté le chef de la diplomatie américaine, assurant que les Etats-Unis "ne prenaient pas partie dans les revendications" territoriales.

Il "est crucial qu'aucun pays ne prenne de mesures unilatérales pour militariser la région".

M. Kerry passe la journée de dimanche à Oulan-Bator, un "partenaire fantastique des Etats-Unis" et une "démocratie courageuse", a vanté le département d'Etat.

"La Mongolie a fait des progrès remarquables pour une jeune démocratie", a salué le ministre américain au côté de son homologue mongol Lundeg Purevsuren.

"Vous avez la Chine d'un côté et la Russie de l'autre et il y a toujours beaucoup de pression", a relevé M. Kerry, qualifiant la Mongolie d'"oasis de démocratie".

De fait, le pays indépendant depuis la fin de l'URSS il y a 25 ans "dépend de la Russie pour plus des trois quarts" de ses besoins en pétrole et "de la Chine pour quelque 90% de ses échanges commerciaux", a souligné un diplomate américain.

John Kerry doit déjeuner avec le président mongol Tsakhiagiin Elbegdorj, lancer un nouveau programme de l'USAID, l'agence humanitaire et de développement du département d'Etat, et assister à un festival culturel d'équitation, l'activité historique de la Mongolie avec les enfants-jockeys.

Pays d'à peine trois millions d'habitants, ancien satellite soviétique converti au capitalisme, la Mongolie dispose de colossales ressources minières et de gisements d'or, de cuivre et d'uranium encore largement inexploités, et dont elle est très dépendante.

L'exploitation des ressources minières a permis au pays d'atteindre une croissance de plus de 17% en 2011, mais qui a chuté lourdement depuis pour tomber sous 3% en 2015, à l'unisson de la dégringolade des cours des métaux et de la fuite des capitaux.

Le géant anglo-australien Rio Tinto, l'un des principaux investisseurs dans le pays, a particulièrement pâti de la montée des tensions nationalistes dans la population mongole, inquiète de l'essor des firmes étrangères et des dégâts environnementaux causés par le secteur minier.

Sous pression, Oulan-Bator avait adopté en 2012 une loi encadrant drastiquement les investissements dans les secteurs "stratégiques". Les investissements directs étrangers s'étaient aussitôt effondrés.

Le Parlement a finalement annulé la loi controversée, et Rio Tinto et Oulan Bator ont enterré la hache de guerre au printemps 2015. Rio Tinto a annoncé en mai le début prochain des travaux d'expansion de la mine géante d'or et de cuivre d'Oyu Tolgoï, projet colossal nécessitant un investissement de 5,3 milliards de dollars.

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