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04/06/2016 03:37 EDT | Actualisé 05/06/2017 01:12 EDT

Largages humanitaires: une opération complexe et risquée

Le largage de vivres que l'ONU tente d'organiser pour venir en aide aux populations assiégées en Syrie est une opération complexe, risquée et pas toujours efficace, soulignent des experts.

PREMIERE CONTRAINTE, LA SECURITE

Les avions doivent pouvoir voler dans un espace aérien sûr, soit avec l'accord des belligérants soit à très haute altitude (8.000 à 10.000 mètres) pour échapper aux tirs de missiles.

L'ONU va demander dimanche un feu vert du régime de Damas pour larguer vivres et médicaments là où aucun accès terrestre n'est possible, selon des diplomates.

Près de 600.000 personnes, selon l'ONU, vivent dans 19 zones ou localités encerclées par les belligérants, principalement les troupes du régime, et près de quatre millions dans des zones difficiles d'accès.

"On peut imaginer que l'armée syrienne reçoive des ordres du président Bachar al-Assad pour empêcher ces largages mais au plan politique ce serait très mauvais pour lui alors qu'il est en train de se repositionner comme un élément fort dans la lutte contre Daech ou prétend l'être", estime l'ancien général Jean-Claude Allard, expert en aéronautique militaire à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques(IRIS) à Paris.

"Des groupes rebelles islamistes peuvent être tentés d'empêcher ces parachutages parce que leur tactique consiste aussi un peu à prendre en otage les populations", poursuit-il. Mais ils n'ont pas pour l'heure de capacités air-sol à haute altitude.

En cas de feu vert de Damas, une coordination devra aussi être engagée avec Russes et Américains, omniprésents dans le ciel syrien.

UNE OPERATION COMPLEXE TECHNIQUEMENT

Faute de garanties pour sa sécurité, l'avion va devoir parachuter ses colis à très haute altitude, ce qui réduit la précision des largages.

"Suivant la nature de la menace et la météo (..) on définit à partir de quelle hauteur on peut obtenir tel rayon de dispersion", explique un expert militaire.

"Entre 0 et 10.000 mètres vous avez des couches de vents différents. En fonction de ces vents, on va calculer un point de largage et larguer des charges qui ne s'ouvriront par exemple qu'à 500 mètres du sol et tomberont dans un rayon de 100 mètres", détaille-t-il.

A haute altitude, des couches givrantes peuvent bloquer l'ouverture des parachutes. Et en cas de vents trop forts, les missions doivent être annulées.

Si la sécurité est assurée, l'avion peut descendre à très basse altitude et "jeter" ("droper") directement ses colis.

"Le dropage de charges sans parachute se fait entre 0 et 50 m du sol. C'est plutôt du fret de type farine, riz, etc...très peu fragile. Il atterrit directement, peut se +crasher+ au sol mais il est bien enveloppé", ajoute l'officier.

Sous voile, les charges peuvent être larguées à partir de 150 m d'altitude jusqu'à 8.000 mètres, précise-t-il.

Le largage reste par ailleurs très compliqué en zone urbaine. "De manière générale on vise des zones inhabitées, loin des axes routiers parce qu'on n'est jamais à l'abri d'une dérive (sous l'effet du vent). Dans une zone urbanisée, il faut trouver des zones dégagées. Un aéroport par exemple peut faire l'affaire", note l'officier.

Seule alternative, l'hélicoptère peut se poser où il veut, sur l'équivalent d'un demi-terrain de foot, ou ouvrir sa soute arrière pour faire tomber sa charge de quelques dizaines de mètres, note Jean-Claude Allard.

Mais le risque est aussi alors maximal. "Il s'expose à des tireurs lorsqu'il ralentit pour descendre, se pose rotors tournants pour décharger et redécolle en prenant de la vitesse", ajoute l'expert de l'IRIS.

DES RESULTATS LIMITES

La charge emportée par un avion - 15 tonnes pour un Transall français - est nettement inférieure à ce que peut livrer un convoi de poids-lourds par voie routière.

"Les charges peuvent ne pas tomber entre les mains des gens qu'on veut secourir", pointe également M. Allard.

De ce point là, les hélicoptères sont plus sûrs car leurs équipages peuvent s'assurer au sol que l'aide est bien remise aux bonnes personnes.

Le largage n'est pas sans risque non plus pour la population, les palettes pouvant s'écraser sur des habitants à l'atterrissage.

Il sera difficile également de trouver des transporteurs, civils ou militaires, prêts à intervenir en Syrie. "Je ne vois pas beaucoup de nations envoyer des avions (de fret) militaires là-bas", relève Jean-CLaude Allard.

vl/chp/ia

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