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02/06/2016 06:05 EDT | Actualisé 03/06/2017 01:12 EDT

Syrie: pressions à l'ONU pour des largages d'aides aux villes assiégées

Paris et Londres ont mis la pression pour un largage rapide d'aides internationales aux localités assiégées en Syrie, mais cette opération compliquée risque selon l'ONU de prendre du temps au grand désespoir d'habitants affamés.

Dans le pays ravagé par la guerre depuis plus de cinq ans, près de 600.000 personnes vivent dans 19 zones ou localités encerclées par les belligérants, principalement par les troupes du régime de Bachar al-Assad, et près de 4 millions dans des zones difficiles d'accès, ont affirmé les Nations unies.

Face au désastre humanitaire, le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir vendredi une réunion d'urgence pour décider de ces largages d'aides après que la France et la Grande-Bretagne l'ont réclamé dans l'immédiat.

Pour l'ambassadeur de France à l'ONU, François Delattre, ces largages doivent être effectués d'urgence pour toutes les zones "où les populations civiles, y compris les enfants, risquent de mourir de faim".

Mais l'envoyé spécial adjoint de l'ONU pour la Syrie, Ramzy Ezzeldin Ramzy, a affirmé jeudi que ces largages n'étaient pas "imminents" car le Programme alimentaire mondial était "en train de finaliser ses plans".

Comme ces largages devront se faire par avion depuis de très hautes altitudes ou par hélicoptère dans les zones urbaines densément peuplées, l'ONU a besoin du feu vert du régime car les appareils devront emprunter les voies aériennes habituellement utilisées par les avions commerciaux, a-t-il ajouté.

En mai, les 20 pays du Groupe international de soutien à la Syrie avaient fixé le 1er juin comme dernier délai pour que des convois puissent avoir accès aux villes assiégées, sans quoi l'ONU procèderait aux largages.

- Pas de nourriture -

Or mercredi, à la faveur d'une trêve de 48 heures entrée en vigueur mercredi, le régime a autorisé pour la première fois l'entrée d'aides à Daraya, ville rebelle située à 10 km de Damas et assiégée depuis 2012.

Mais cette aide n'incluait pas de nourriture, au grand désespoir des habitants affamés dans la ville détruite, l'une des premières à s'être soulevées contre le régime en 2011. 10.000 personnes vivent actuellement à Daraya.

"Il est choquant et complètement inacceptable que les camions ne soient pas autorisés à transporter de la nourriture", a déploré Sonia Khush, responsable de l'ONG Save the Children en Syrie.

Le régime veut reprendre Daraya, située à 15 minutes en voiture du centre de Damas mais qui est surtout très proche de la base aérienne de Mazzé, siège des redoutables services de renseignements de l'armée de l'air et de leur terrible prison.

L'opposition syrienne en exil a elle demandé à l'ONU d'initier à l'occasion du mois de jeûne musulman du ramadan qui débute dans les prochains jours une trêve dans toute la Syrie à l'exception des secteurs sous contrôle du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

La guerre en Syrie, qui met aux prises divers acteurs locaux, régionaux et internationaux et a permis la montée en puissance des groupes jihadistes comme l'EI et son rival le Front Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie), a fait plus de 280.000 morts et poussé à la fuite plusieurs millions de personnes.

- Résistance acharnée de l'EI -

Sur le terrain, les forces anti-EI concentraient leurs opérations sur la province septentrionale d'Alep où elles veulent s'emparer de la ville de Minbej, à une quarantaine de km au sud de la frontière turque.

Les Forces démocratique syriennes (FDS), alliance dominée par les Kurdes et dont font également partie des combattants arabes, ont "déjà pris une vingtaine de villages et se trouvent à 10 km de Minbej", a affirmé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Les combats sont très violents et l'EI oppose une résistance farouche" dans la ville qui sert de principal voie de ravitaillement depuis la Turquie pour Raqa, capitale de facto des jihadistes en Syrie, a-t-il souligné.

Les FDS sont soutenues par des frappes intenses de la coalition internationale dirigée par Washington.

En Irak voisin, où l'EI occupe également de vastes régions, les forces gouvernementales soutenues par des milices et combattants tribaux et appuyées par l'allié américain se heurtent à la résistance de centaines de jihadistes à Fallouja, fief de l'EI à 50 km de Bagdad et cible d'une offensive depuis le 23 mai.

Là aussi, quelque 50.000 civils sont pris au piège des combats dans la ville totalement assiégée par les forces irakiennes et activement défendue par l'EI.

Leur présence en grand nombre ralentit les opérations de reconquête par les forces gouvernementales, selon le Premier ministre Haider al-Abadi, et permet à l'EI de les utiliser comme boucliers humains, selon l'ONU.

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