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02/06/2016 00:38 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Pour traquer les combattants, l'armée pakistanaise ôte les toits au Waziristan

Depuis un hélicoptère militaire survolant le nord-ouest du Pakistan, on peut observer un parterre de maisons, dont nombre n'ont plus de toits: ils ont été arrachés par l'armée qui veut voir du ciel les combattants susceptibles de s'y abriter.

Le Waziristan du Sud fut longtemps un fief des talibans pakistanais, où les groupes extrémistes opéraient en toute impunité, mais après des mois d'offensive, l'armée assure avoir éliminé tous les repaires islamistes de cette région montagneuse.

Des milliers de familles déplacées par les violences dans cette zone tribale frontalière de l'Afghanistan retournent désormais chez eux -- mais souvent, leur maison sont inhabitables.

Certaines ont été abîmées par les intempéries, a expliqué un militaire à bord de l'hélicoptère transportant des journalistes lors de ce survol des bourgades de Makeen, Ladha et Kanigurm organisé par l'armée en mai.

Mais ce n'est pas tout. "L'armée a ôté les toits des maisons pour avoir une meilleure vue aérienne et empêcher les combattants de se réfugier dans ces nombreuses habitations en terre fortifiées", a expliqué ce militaire à la presse.

Depuis l'hélicoptère, on peut constater que des dizaines de maisons sans toits semblent par ailleurs intactes, sans qu'il soit possible d'évaluer le nombre de toits ôtés par l'armée, et le nombre de ceux qui ont été endommagés par les combats et les intempéries.

L'opération militaire Rah-e-Nijat a été lancée en 2009 contre le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et leur chef de l'époque, Baitullah Mehsud, poussant plus de 72.000 familles à fuire leur foyer, selon l'armée.

Sept ans plus tard, quelque 42.000 familles ont été rapatriées, a indiqué le colonel Muhammad Imran, en charge des questions de développement, lors d'un point presse dans la ville de Shakai. Environ 30.000 familles supplémentaires devraient revenir d'ici la fin de l'année.

- Situation "calme" -

Les autorités pakistanaises ont rénové des routes, construit des infrastructures médicales et des écoles, et amélioré le système d'approvisionnement en eau des villages de la zone.

"Nous essayons que les services nécessaires soient disponibles pour les personnes déplacées dès leur retour", a souligné le colonel Imran.

Mais le manque d'hébergement risque de poser sérieusement problème, soulignent les habitants.

Au Waziristan du Sud, les toits sont traditionnellement construits en bois et tôle pour se protéger des importantes chutes de neige hivernales -- mais depuis le ciel, on voit des centaines de charpentes à nues, laissant les intérieurs exposés aux quatre vents.

Le gouvernement dit verser jusqu'à 400.000 roupies (3.500 euros) aux familles pour qu'elles reconstruisent leur foyer.

"Mais 400.000 roupies, cela ne suffit même pas à construire une pièce", proteste Haji Muhammad, un chef tribal originaire de Makeen, de passage dans la zone pour évaluer la possibilité de revenir y habiter.

"Ma famille attend impatiemment de pouvoir rentrer, surtout les femmes, mais cela ne sera peut être pas possible", soupire le quinquagénaire.

Interrogé sur l'insuffisance de l'allocation gouvernementale pour reconstruire une maison, l'officier en charge du développement a reconnu: "je ne peux pas répondre à cette question".

Selon un haut-gradé, la reconstruction dans l'ensemble des Zones tribales administrées par le gouvernement fédéral (FATA), secouées par les combats entre l'armée et les groupes islamistes armés, nécessite environ 255 millions d'euros. Mais jusqu'ici, le gouvernement a budgété 43 millions d'euros dont 11 millions distribués directement aux familles déplacées.

Un habitant de Kanigurm, Muhammad Aslam, assure que désormais, sur le plan sécuritaire, la situation est "calme" et "totalement contrôlée par l'armée".

Mais de sa maison de trois étages, seules deux pièces sont toujours habitables, dit-il - tout en considérant que lui et les 20 membres de sa famille "ont de la chance" qu'il leur reste au moins ça.

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