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01/06/2016 20:45 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Pérou : les mines, un secteur clé sensible pour le futur président

Le prochain président du Pérou, qui sera élu dimanche, pourra compter sur le secteur minier pour tirer l'économie de ce champion de la croissance en Amérique latine mais devra désamorcer de nombreux conflits sociaux et environnementaux.

Keiko Fujimori, 41 ans, fille de l'ex-président Alberto Fujimori, est la favorite du second tour de l'élection présidentielle.

La candidate de droite est créditée de 45,9% des voix selon un récent sondage Ipsos, contre 40,6% pour son rival de centre-droit, Pedro Pablo Kuczynski, un ancien banquier de Wall Street âgé de 77 ans.

Ces dernières années, et plus particulièrement sous le mandat du président Ollanta Humala -qui quitte le pouvoir le 28 juillet-, une dizaine de projets miniers ont été paralysés ou retardés, pour un investissement total de 21,5 milliards de dollars (19,2 milliards d'euros), selon un rapport de l'Institut péruvien d'économie.

La plupart concernent des gisements de cuivre, d'or et d'argent, des minéraux dont le Pérou est un des dix plus importants producteurs et exportateurs mondiaux. Ce secteur représente près de 10% du PIB.

Avec un taux de croissance annuel moyen de plus de 6% entre 2006 et 2013, ce pays de 31 millions d'habitants a connu un des plus forts développements de la région.

En 2014, l'économie a cependant marqué le pas, avec une croissance de 2,4%, la plus faible en cinq ans, en raison notamment de moindres performances dans l'exploitation minière et la pêche, autre secteur d'activité important.

Les projets de Conga à Cajamarca (nord) et de Tia Maria à Arequipa (sud), conduit par la filiale péruvienne de la compagnie mexicaine Southern Copper, avaient été le théâtre d'affrontements violents en 2015 qui ont fait plusieurs morts.

Les habitants craignent que ces sites ne polluent leur eau et leurs cultures.

- 'Ils défendent ce modèle' -

Tant Keiko Fujimori que Pedro Pablo Kuczynski se disent favorables aux investissements dans ce secteur et sont perçus positivement par les marchés, moins par les leaders paysans.

"On n'attend rien d'aucun des deux candidats, dans la mesure où ils défendent ce modèle", a déclaré à l'AFP le président du Front de défense environnemental de Cajamarca, Wilfredo Saavedra.

"Celui qui va gouverner le pays devra respecter la volonté populaire et l'écosystème. Pas l'extraction minière en amont des bassins et à ciel ouvert", a-t-il ajouté.

Selon le Défenseur du peuple au Pérou, sur les 145 conflits sociaux et environnementaux en cours en avril 2016, 91 étaient liés à l'exploitation minière. Entre 2011 et 2015, ces conflits ont fait 69 morts.

Pour le président de la Société nationale des mines Carlos Galvez, "le nouveau président devra montrer qu'il a une vision claire pour convaincre la population de la nécessité d'aller de l'avant avec des projets miniers qui assureront un financement pour la croissance du pays et réduiront la pauvreté".

Mais pour cela, "l'Etat doit faire participer la population aux bénéfices que perçoit le pays (...) Une grande partie des mines sont à plus de 3.000 mètres d'altitude où l'Etat n'arrive pas. Les gens croient que tout est géré par les entreprises", a-t-il ajouté à l'AFP.

Selon M. Galvez, la pollution est une affaire du passé et la technologie moderne, les lois et les contrôles rendent désormais l'exploitation minière et l'environnement compatibles.

En revanche, les nombreuses mines illégales ont durement touché l'Amazonie, contaminant au mercure des population, des aliments et des animaux.

De manière surprenante, Keiko Fujimori a promis d'éliminer les décrets interdisant le dragage des rivières, une technique qui permet d'extraire le minerai sous l'eau et que les autorités environnementales considèrent responsables de la pollution.

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