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02/06/2016 09:36 EDT | Actualisé 03/06/2017 01:12 EDT

Le gouvernement Temer au Brésil : décollage en zone de turbulences

"J'ai l'impression de gouverner depuis trois ou quatre ans déjà" : en seulement vingt jours au pouvoir, le président brésilien par intérim Michel Temer a essuyé d'incessantes tempêtes dans un climat politique toujours vicié par le scandale de corruption Petrobras.

Le gouvernement de M. Temer, un avocat de 75 ans peu charismatique mais considéré comme un fin manoeuvrier, n'a su ni pu alléger l'atmosphère politique étouffante, ni faire oublier sa condition d'équipe provisoire, arrivée aux affaires à la faveur de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff.

Suspendue de ses fonctions le 12 mai pour un maximum de 180 jours, en attendant son procès par le Sénat pour maquillage des comptes publics, Mme Rousseff a dû laisser sa place à son vice-président qu'elle considère comme un "traître" ayant ourdi un "coup d'Etat" parlementaire.

Le Brésil souffre d'une fracture profonde et M. Temer est personnellement visé : les forces de l'ordre ont dispersé des manifestations devant son domicile privé ainsi qu'à l'intérieur des bureaux présidentiels à Sao Paulo. L'accusation d'être un "putschiste" lancée par ses opposants l'a aussi poursuivi jusque dans les couloirs du Sénat la semaine dernière.

L'équipe Temer a été dès l'origine soupçonnée de vouloir entraver l'opération "lavage express", le nom de l'enquête sur l'affaire Petrobras, scandale de corruption qui a permis de siphonner deux milliards de dollars dans les caisses de la compagnie pétrolière étatique au profit présumé d'apparatchiks politiques, notamment du PMDB, le grand parti centriste de M. Temer.

- 'Lune de miel de motel' -

C'est dans ce cadre que deux ministres ont dû quitter le gouvernement, après la divulgation d'enregistrements les faisant apparaître en train d'examiner les moyens d'enrayer l'enquête anticorruption. Et leur chute a fait des dégâts, sur les plans politique et symbolique.

Le premier, Romero Juca (ex-ministre de la Planification), n'est rien moins que le président du PMDB et un homme très proche du président intérimaire. Le second, Fabiano Silveira, était le ministre de la Transparence, et à ce titre chargé de la lutte contre la corruption...

M. Temer martèle depuis qu'il a pris ses fonctions qu'il n'y aura "pas la moindre ingérence de l'exécutif" dans l'enquête.

Mais rien n'y fait : le nouveau gouvernement et la société brésilienne ont eu "une lune de miel de motel", selon Paulo Moura, professeur de sciences politiques à l'Université de Porto Alegre (sud) lié à des groupes qui ont oeuvré en faveur de la mise à l'écart de Mme Rousseff.

"Le gouvernement est né sous la pression d'un contexte économique et politique très compliqué, explique-t-il à l'AFP. Il peut essayer de renverser la donne, mais il a commis une erreur en incluant des personnes citées par (les enquêteurs de) lavage express".

A l'inverse, le sénateur Ronaldo Caiado (DEM, droite) confie que "ce gouvernement doit continuer à ne faire aucune concession envers quiconque serait mêlé à une affaire de corruption ou essaierait d'obstruer 'lavage express'. Le délai a été trop court pour espérer des changements substantiels, mais désormais, celui qui est dénoncé est démis".

- 'Représentante du monde féminin' -

Le gouvernement Temer s'est par ailleurs d'emblée aliéné les intellectuels en supprimant le ministère de la Culture, avant de le réinstaller quelques jours plus tard sous la pression d'occupations de bâtiments publics dans tout le pays.

La photo du nouveau gouvernement, sans noir ni "représentante du monde féminin", dixit M. Temer, a donné du grain à moudre au camp Rousseff, qui a immédiatement dénoncé une équipe d'"hommes vieux, riches et blancs".

M. Temer a fait du redressement économique son cap, dans un Brésil en récession. Il s'appuie sur un ministre de l'Economie de renom, Henrique Meirelles, président de la banque centrale sous le président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) et a annoncé qu'il réformerait le coûteux système des retraites tout en réorientant la politique étrangère en faveur du commerce.

"J'ai la conviction absolue qu'il est possible d'inverser cette tendance, de renouer avec la confiance et la croissance", a dit M. Temer mercredi.

Mais les crises successives amènent certains sénateurs initialement partisans de la destitution, comme par exemple l'ex-footballeur Romario, à s'interroger sur la suite du processus visant Mme Rousseff.

Aucune éclaircie n'est donc en vue, d'après la météo politique.

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PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO