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02/06/2016 04:59 EDT | Actualisé 03/06/2017 01:12 EDT

L'Azerbaïdjan épinglé à Strasbourg pour les conditions de détention des militants Leyla et Arif Yunus

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a épinglé jeudi l'Azerbaïdjan pour avoir privé de soins médicaux adéquats le couple de militants des droits de l'homme Leyla et Arif Yunus, durant leur détention en 2014-2015.

De ce fait, les deux militants, qui avaient tous deux de graves ennuis de santé avant leur incarcération à l'été 2014, ont "été exposés à des souffrances mentales et physiques prolongées" assimilables à un "traitement inhumain et dégradant", ont jugé les magistrats européens.

La Cour a ordonné aux autorités de Bakou de verser au total 26.000 euros, au titre du dédommagement moral, à M. et Mme Yunus.

Leyla Yunus, 60 ans, directrice de l'Institut pour la paix et la démocratie, et son mari Arif, un analyste politique réputé de 61 ans, avaient été incarcérés à l'été 2014 puis libérés en novembre et décembre 2015 pour raisons de santé.

Ils avaient été condamnés en août 2015 à respectivement huit ans et demi et sept ans de prison pour "escroquerie" et "fraude fiscale", des accusations qu'ils contestent.

Devant la CEDH, les deux militants des droits de l'homme affirmaient que, lors de leur séjour en prison, leur état de santé s'était nettement dégradé - Leyla Yunus souffre notamment d'hépatite C chronique et de diabète et son mari d'hypertension.

Le gouvernement azerbaïdjanais, de son côté, affirmait qu'ils avaient bénéficié d'un suivi médical constant et que leur état ne s'était pas aggravé. Mais les juges européens ont relevé que les deux détenus avaient tous deux été "transférés dans le service médical de la prison" ce qui, selon la Cour, accrédite l'hypothèse d'une aggravation de leur état.

En outre, la CEDH a condamné Bakou pour ne lui avoir fourni aucun document médical attestant des soins médicaux dispensés aux requérants et ce alors même que la Cour, dès l'automne 2014, avait expressément demandé à l'Azerbaïdjan de permettre à M. et Mme Yunus d'être soignés correctement.

En mars dernier, la justice azerbaïdjanaise a maintenu l'interdiction de sortie du territoire pesant sur le couple, qui souhaitait se rendre à l'étranger pour des soins médicaux.

Dénonciatrice inlassable des violations des droits de l'homme dans son pays, Mme Yunus a remporté plusieurs prix à l'étranger pour son travail.

Elle milite depuis plusieurs années en faveur de la réconciliation entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, ce qui lui a valu d'être poursuivie pour espionnage au profit d'Erevan et pour "propagande visant à faire reconnaître le régime du Nagorny-Karabakh" que se disputent les deux pays depuis plusieurs décennies.

Des organisations telles que Human Rights Watch (HRW) ou Amnesty International dénoncent régulièrement la répression dont font l'objet, selon elles, les militants pour la défense des droits de l'homme, les journalistes critiques du pouvoir ou les opposants dans le pays.

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