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01/06/2016 20:45 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Italie: Virginia Raggi, candidate atypique, veut s'emparer de Rome

Virginia Raggi, 37 ans, candidate atypique aux municipales dans la capitale italienne, compte sur le ras-le-bol des Romains face à des années de laisser-aller et de corruption pour s'emparer du Capitole.

Militante du mouvement Cinq Etoiles (M5S), lancé par l'humoriste italien Beppe Grillo, elle est en tête des sondages et devrait se qualifier sans trop de difficultés dimanche pour le second tour des élections municipales, prévu le 19 juin. Et si les Romains le décident, elle deviendra alors la première femme à la tête de leur ville.

En attendant, la très photogénique jeune femme s'efforce jour après jour de convaincre trois millions de Romains exaspérés qu'elle est la seule à même de changer le cours des choses. Trous dans les chaussées, déchets qui débordent, inefficacité des bus et des métros, absentéisme des fonctionnaires municipaux etc... La liste est longue des sujets qui hérissent le poil des habitants de la ville éternelle.

"Rome doit surtout redevenir une ville normale. Pour les Romains, Rome n'est même pas une ville normale. C'est une ville extrêmement difficile alors que c'est la capitale italienne", explique cette élégante jeune femme brune dans un entretien avec l'AFP.

La ville est gérée depuis fin novembre par un commissaire extraordinaire, ancien préfet à Milan, après la démission fracassante de l'ancien maire Ignazio Marino (centre gauche), impliqué dans une affaire de fausses notes de frais, mais surtout accusé de ne pas avoir été à la hauteur des enjeux de la capitale.

- 'Mafia capitale' -

Et comme si tout cela ne suffisait pas, les Romains ont découvert avec stupeur fin 2014 l'ampleur de la corruption et des malversations qui ont gangréné pendant des années la municipalité, lorsque le scandale "Mafia Capitale" a éclaté.

L'ampleur de la tâche n'effraie pourtant nullement cette jeune femme, au regard noir, qui affirme, sur son site internet, n'avoir "jamais manqué de détermination".

Mafia capitale ? "Il faut appliquer la loi, suivre ce que dit la loi : appels d'offres, mérite. Et de cette façon, on évite et on détruit tous les liens qui ont empoisonné la vie politique et administrative de cette ville", explique-t-elle.

Elle estime aussi pouvoir régler les problèmes de la "mobilità" à Rome avec quelques idées simples : favoriser le transport public, développer des voies prioritaires pour les bus ou réintroduire les bicyclettes en libre-accès à l'image du Velib parisien.

Et là encore, elle se dit sereine et assurée de la collaboration des Romains dans une ville où des "Velib" ont déjà tous été vandalisés et où les bus sont souvent bloqués par des voitures garées en double file.

Mais selon elle, les Romains sont maintenant prêts à faire preuve de plus de civisme, d'autant plus qu'ils sont écoeurés par 20 ans d'immobilisme de la part d'équipes municipales, de droite comme de gauche, qui ont déçu.

"Il est temps de les renvoyer chez eux". Ce mot d'ordre est affiché en première page sur son site. Ce leitmotiv est la force du mouvement Cinq Etoiles qui la soutient. Sur l'air du "tous pourris", les "grillini", les militants du mouvement de Beppe Grillo, se présentent comme de simples citoyens, honnêtes et déterminés à changer une ville, et un jour le pays tout entier, face à des "vieux partis" corrompus et discrédités.

Ce discours a fait du M5S la deuxième force politique en Italie derrière le Parti démocrate (PD, centre-gauche) du chef du gouvernement Matteo Renzi.

Certains redoutent néanmoins l'emprise sur les élus de ce mouvement au fonctionnement interne jugé opaque, et le rôle de son "garant" Beppe Grillo. En reconnaissant qu'elle démissionnerait si ce dernier le lui demandait, Virginia Raggi a alimenté la polémique sur son autonomie réelle.

Comme tous les candidats du M5S, elle a signé un code de bonne conduite qui l'oblige à demander l'autorisation au "staff" du mouvement à chaque nomination de ses collaborateurs et à le consulter pour chaque acte administratif important.

"Mieux vaut avoir quatre ou six yeux que deux pour mieux contrôler (...) mais je serai pleinement autonome", a-t-elle assuré lors d'un débat télévisé mardi soir, sans vraiment convaincre ses adversaires.

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