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02/06/2016 05:50 EDT | Actualisé 03/06/2017 01:12 EDT

France : la crise ne faiblit pas, l'exécutif tente de déminer avant l'Euro-2016

Grèves dans les transports, coupures d'électricité, multiplication d'actions coup de poing : la crise sociale ne faiblit pas en France, mais le risque s'est éloigné jeudi d'une paralysie du trafic aérien à l'approche de l'Euro-2016 de football.

Engagé dans une guerre d'usure pour imposer une réforme du droit du travail, l'exécutif socialiste tente de contourner les adversaires du projet en lâchant du lest sur des revendications dans des secteurs stratégiques, qui se sont greffées sur le conflit.

"Ce que le gouvernement est en train de faire (...), c'est régler chacune des situations", a résumé la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

S'il n'est pas parvenu jusqu'ici à éviter une grève illimitée dans les chemins de fer, bastion du syndicat contestataire CGT, le pouvoir a récolté les premiers fruits de sa stratégie avec les contrôleurs aériens.

En contrepartie de l'abandon de réductions d'effectifs, les syndicats représentant les 4.000 aiguilleurs du ciel ont renoncé à une grève de trois jours à partir de vendredi.

A huit jours du coup d'envoi de l'Euro-2016, qui va drainer vers la France des dizaines de milliers de supporters, l'exécutif n'est pas pour autant tiré d'affaire.

Au chapitre des revendications catégorielles, les trois syndicats de pilotes d'Air France ont appelé jeudi à une grève du 11 au 14 juin.

En pointe depuis mars sur le front de la loi Travail, le numéro un de la CGT Philippe Martinez assure qu'"il n'est pas question de bloquer l'Euro" mais il a promis pour cette semaine "la plus forte mobilisation depuis trois mois".

Pour la deuxième journée consécutive, la grève illimitée reconduite dans les chemins de fer a provoqué d'importantes perturbations, avec la circulation de seulement 30 à 40% des trains régionaux et 60% des trains à grande vitesse, malgré un taux de grévistes en baisse.

Un mouvement similaire a fait flop en revanche dans les transports parisiens, où le trafic était quasi-normal.

La mobilisation a aussi été relancée dans l'énergie. Sur fond de poursuite de grèves depuis une semaine dans les raffineries et les ports, des arrêts de travail ont été votés dans 16 des 19 centrales nucléaires françaises.

- Hollande et Valls en chute libre -

Les adversaires de la loi sur le travail multiplient désormais les actions ciblées un peu partout en France.

A Paris, des grévistes ont envahi un poste d'aiguillage et bloqué pendant une heure tous les départs à partir de la Gare de Lyon, qui dessert le centre-est et le sud de la France, la Suisse et l'Italie.

Dans l'ouest, une action similaire sur un poste à haute tension a privé 125.000 foyers d'électricité dans la région de Saint-Nazaire.

Une opération de blocage a également visé les chantiers navals STX de cette ville, où le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian n'a pu assister à la remise à l'Egypte d'un navire Mistral.

La CGT a fait état de "coupures d'électricité et de gaz" à Tulle (centre), fief du président François Hollande. En région parisienne, le syndicat a basculé en tarif réduit plus d'un million d'abonnés à l'électricité.

Plusieurs milliers de personnes ont par ailleurs manifesté à Nantes et Rennes (ouest), Lyon (centre-est), Marseille (sud-est) et Toulouse (sud-ouest) ainsi qu'à Paris. Des heurts ont eu lieu à Nantes et Toulouse, où huit policiers ont été légèrement blessés.

La crise sociale a aggravé l'impopularité record de l'exécutif socialiste. Les cotes du président François Hollande (11 à 13%) et de son Premier ministre Manuel Valls (14 à 18%) ont sombré fin mai, selon deux sondages dont les résultats ont été rendus publics jeudi.

Inquiet de l'impact économique du conflit, Manuel Valls a fait part mercredi de son "sentiment de gâchis" au moment où plusieurs indicateurs montrent un léger recul du chômage et un frémissement de la croissance française.

Pour le gouvernement, la réforme du droit du travail doit déverrouiller le marché de l'emploi et favoriser une baisse du chômage, dont le taux est actuellement proche des 10%.

Les détracteurs du projet estiment qu'elle va accroître la précarité des salariés. Exigeant son retrait, ils multiplient depuis mars les manifestations, émaillées de violences. Une nouvelle journée d'action est programmée pour le 14 juin.

bur-bpi/nou/bds