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02/06/2016 01:23 EDT | Actualisé 03/06/2017 01:12 EDT

Deux anciens PDG d'Alcool NB prônent la libre circulation de l'alcool

Deux anciens présidents-directeurs généraux d'Alcool NB affirment qu'il est grand temps de lever les barrières commerciales interprovinciales et libéraliser le marché de l'alcool au Nouveau-Brunswick.

Un texte de Nicolas Steinbach

En entrevue à Radio-Canada, Georges Bouchard et Daniel Allain, qui ont tous deux dirigé respectivement la société de la Couronne pendant trois ans, soutiennent qu'en 2016 il est grand temps que le gouvernement élimine les barrières commerciales entourant l'alcool. Ces barrières sont par exemple la limite d'alcool qu'un consommateur peut transporter au Nouveau-Brunswick d'une autre province.

Ces mesures servent à protéger les brasseurs locaux, mais aussi les sociétés de la Couronne. Au Nouveau-Brunswick, où la bière coûte presque le double qu'au Québec, l'abolition des limites entraînerait des conséquences dévastatrices sur les revenus de la société d'État, selon Alcool NB.

Andrew Oland, PDG de la brasserie Moosehead, soutient que les pertes de revenus liées à l'achat d'alcool au Québec sont de 10 millions de dollars annuellement. Il craint que la levée des barrières accentue la revente illégale d'alcool au Nouveau-Brunswick et occasionne des pertes de revenus pour son entreprise.

« Take that wall down [Faites tomber ce mur] », lâche Georges Bouchard, qui a dirigé la société de la Couronne de 2000 à 2003. Selon lui, ces restrictions aux frontières sont vides de sens. Il estime que plus les marchés sont ouverts, plus les occasions de vente seront grandes pour les entreprises et les brasseurs.

« Probablement que les coûts de production vont baisser et à ce moment-là tu vas avoir de la bière à meilleur marché », analyse-t-il.

Vers la fin du monopole?

L'abolition des barrières commerciales ferait trembler les murs de la société de la Couronne. Alcool NB a le monopole sur l'achat, l'importation, la distribution et la vente au détail de toutes les boissons alcoolisées au Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement provincial s'est récemment engagé dans une bataille juridique concernant la libre circulation de l'alcool aux frontières. Les procureurs de la province ont interjeté appel de la décision du juge Ronald LeBlanc qui avait conclu le 29 avril dernier que la loi du Nouveau-Brunswick sur la limite d'alcool est inconstitutionnelle.

Selon Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'Université du Québec à Trois-Rivières, les consommateurs pourraient profiter de meilleurs prix dans la province de leur choix, mais surtout aller chercher une diversité absente au Nouveau-Brunswick.

« Ça met en danger le monopole parce que ça nous donne comme citoyen le droit d'aller acheter dans d'autres provinces [...] Ça soumet le monopole à la concurrence des producteurs canadiens qui peuvent vendre directement », affirme M. Laurin, qui se spécialise dans les questions de monopole des sociétés de la Couronne.

Il propose la libéralisation partielle du marché des alcools en ouvrant la voie à une certaine concurrence. Cela s'illustrerait par exemple par l'autorisation de vendre de l'alcool dans les supermarchés et dans des boutiques spécialisées de vin et d'alcool indépendants du monopole d'État.

« Grâce à la concurrence, ça va faire baisser les coûts de gestion, ça va faire baisser les prix et ça va nous ouvrir une plus grande diversité, on va pouvoir acheter tout ce qu'on veut sans qu'une société d'État choisisse pour nous », explique M. Laurin.

Ce dernier convient que la province n'aurait pas le choix de s'adapter si elle veut garder les consommateurs au Nouveau-Brunswick.

Georges Bouchard appuie aussi la libéralisation des marchés et il considère que de se limiter à certaines épiceries à grande surface, comme le fait présentement Alcool NB, est une erreur.

« On devrait avoir des points de vente illimités quant à moi. Il y aura peut-être une chicane des syndicats qui vont perdre des magasins. Mais sur le plan total, la régie et la province vont gagner. Il va y avoir du côté du rendement à la province, c'est certain que les ventes vont augmenter et automatiquement que les profits à la province vont augmenter également », croit ce dernier.

La vache à lait ou l'intérêt du consommateur

Le Nouveau-Brunswick, comme plusieurs autres provinces, utilise sa société des alcools pour garnir ses coffres. La marge bénéficiaire d'Alcool NB est même un peu plus élevée que celles des sociétés du Québec et de l'Ontario, selon Frédéric Laurin.

« C'est en fait la seule justification de maintenir un monopole au Canada, c'est de dégager de l'argent pour le gouvernement. Parce que le consommateur est insatisfait, le producteur est insatisfait, on sait que le monopole tant à avoir des frais de gestion élevés et négocie mal les prix », explique M. Laurin.

Daniel Allain concède que le modèle d'affaires d'Alcool NB génère de bons revenus pour la province, mais au détriment des consommateurs. Il suggère que le gouvernement réduise sa marge de profit sur la bière pour être plus concurrentiel.

« En 1923, le Québec a choisi de ne pas taxer la bière différemment des autres revenus. Donc, c'est la soif du gouvernement pour les revenus qui engendre le prix de la bière », dit-il.

Effectivement, la bière est plus chère au Nouveau-Brunswick parce qu'elle est assujettie au taux de majoration du monopole, contrairement au Québec.

Des pistes de solution

Alcool NB a versé au gouvernement du Nouveau-Brunswick plus de 164 millions de dollars en 2015, soit presque le même montant qu'en 2014 quand elle a enregistré 166 millions de dollars. Une province qui additionne les déficits budgétaires comme le Nouveau-Brunswick ne peut définitivement pas se passer de cet argent.

Selon Frederic Laurin, le commerce local que générerait la libéralisation du marché créerait une certaine effervescence commerciale qui générerait des revenus appréciables au gouvernement.

Les producteurs locaux à l'extérieur du monopole pourraient obtenir une meilleure marge bénéficiaire et donc mieux se développer. Le professeur d'économie conseille aussi au gouvernement de taxer davantage d'autres secteurs d'activité.

« Taxation sur l'impôt sur le revenu, taxation sur les biens et services, taxation sur la malbouffe ou les produits dangereux pour l'environnement. Donc il y a toute une réflexion à faire [...] de regarder quel produit on souhaite faire la promotion ou pas », précise M. Laurin.