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01/06/2016 09:11 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Repêchage de la LHJMQ : à 16 ans, l'étape des grandes décisions

BILLET - Pour la plupart des jeunes Québécois, la fin des études secondaires et le bal des finissants constituent un passage déterminant vers le monde des adultes. Pour les hockeyeurs d'élite, cette étape survient une année plus tôt, et avec fracas.

Un texte de Martin Leclerc

Samedi à Charlottetown, vêtus de leur plus beau costume, entourés de leurs parents et amis (et dans la plupart des cas de leur agent), les meilleurs hockeyeurs québécois nés en 2000 (15 ans) et en 1999 (16 ans) se réuniront au repêchage annuel de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Assis dans la pénombre, tous attendront fébrilement de connaître le verdict des recruteurs des 18 équipes du circuit junior majeur québécois. Et tous seront anxieux de connaître la destination qui remplacera dorénavant leur domicile familial. Val d'Or? Baie-Comeau? Halifax? Sherbrooke ou Blainville? Allez savoir.

Après cette journée de grandes célébrations (ou d'amère déception), viendra bien assez vite la dure réalité du hockey junior, où seuls les plus forts survivent.

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Même si de nombreux observateurs lui prédisent le premier rang de sélection à ce repêchage et que les Mooseheads de Halifax détiennent le premier choix, l'attaquant gatinois Benoît-Olivier Groulx jure n'avoir aucune idée de ce que l'avenir lui réserve.

Les Mooseheads font face à un dilemme de taille. Originaire de la Nouvelle-Écosse, le défenseur Jared McIsaac est aussi considéré comme l'un des deux meilleurs espoirs disponibles à ce repêchage.

« J'ai rencontré plusieurs équipes jusqu'à présent et ma discussion avec les dirigeants des Mooseheads s'est fort bien déroulée. Mais je n'ai aucune certitude. Je ne sais pas s'ils vont me choisir. Les dirigeants des équipes disent à peu près tous la même chose quand ces rencontres se terminent. Ils disent : "Il y a beaucoup de bons joueurs dans ce repêchage, alors on va voir ce qui va se passer" », raconte Benoît-Olivier Groulx, qui est issu d'une lignée de passionnés de hockey.

Son père, Benoît Groulx, est l'entraîneur le plus titré de l'histoire de la LHJMQ. En plus d'avoir déjà mené Équipe Canada junior à la conquête de la médaille d'or (en 2014), Benoît Groulx vient d'être promu à titre d'entraîneur du club-école du Lightning de Tampa Bay, dans la Ligue américaine.

Le défunt grand-père de Benoît-Olivier, Gilles, a pour sa part été recruteur dans la LHJMQ pendant des décennies. Il était estimé et respecté de tous dans le petit monde du hockey québécois.

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Malgré cet héritage familial, le passage vers l'âge adulte se fait à la vitesse grand V pour Benoît-Olivier Groulx. Il ne grandit pas dans la ouate et ses parents insistent pour qu'il prenne lui-même les importantes décisions qui influenceront son avenir.

Il y a quelques semaines, pendant que le paternel faisait connaissance avec les membres de l'organisation du Lightning à Syracuse et à Tampa, le fils rencontrait de prestigieux agents en compagnie de sa mère. Et c'est l'adolescent qui a choisi celui qui défendra ses intérêts dans la jungle du hockey.

« Ça a été une décision vraiment difficile. Ça m'a pris une semaine et demie avant de faire un choix définitif.

« J'ai finalement décidé d'être associé à Pat Brisson (qui représente notamment Sidney Crosby, Jonathan Toews, Patrick Kane et Max Pacioretty) et André Ruel. J'avais aussi rencontré Philippe Lecavalier, qui est un excellent agent et qui est aussi membre d'une agence prestigieuse. Et Philippe s'est très bien présenté. Mais au final, je connais André Ruel depuis très longtemps et cette proximité a fait pencher la balance. Je suis content de ma décision, mais ce fut très dur de trancher cette question », confie le jeune Groulx, qui a célébré son 16e anniversaire en février dernier.

Malgré son inépuisable bagage d'expérience dans l'univers du hockey, le paternel entend faire confiance aux agents qui ont été choisis, et laisser Benoît-Olivier prendre avec eux les décisions qui s'imposeront en cours de route. Et le fils, lui, se rend compte que le sport qu'il pratiquait lorsqu'il était enfant est de plus en plus un business.

« Quand j'étais petit, je ne pensais qu'à jouer et à m'amuser. Je ne voyais pas tout ce qu'il y avait autour et tout ce que le hockey comportait, comme les entraînements hors glace et l'alimentation. Je ne pensais qu'à jouer. Mais compte tenu de l'importance de tous ces facteurs extérieurs, il est important de trouver quelqu'un qui va bien s'occuper de toi. Et bien te préparer pour la saison qui s'en vient avec la prochaine équipe », estime Benoît-Olivier Groulx.

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Après Halifax qui détient le premier choix, la deuxième sélection appartiendra au Drakkar de Baie-Comeau. Et la troisième reviendra aux Voltigeurs de Drummondville.

Benoît-Olivier Groulx, un centre qui excelle dans les trois zones et qui mesure 1,85 m (6 pi 1 po), jure n'avoir aucune idée de ce que l'avenir lui réserve. En discutant avec lui, on comprend toutefois qu'il préférerait vivre une expérience d'immersion dans un grand marché de hockey junior comme celui d'Halifax.

« Mais peu importe l'équipe, je n'aurai pas de problème avec ça. Je serais honoré de jouer junior majeur et j'ai une préférence pour le junior majeur. Toutefois, l'option des universités américaines est encore dans le portrait. Il y a encore trop d'incertitude. On prendra une décision finale à ce sujet après le repêchage », souligne-t-il.

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Les dés sont jetés.

Samedi matin, comme 251 autres garçons de son âge, Benoît-Olivier Groulx sera propulsé dans le business du hockey.

Alors que le jugement final des recruteurs approche, l'attaquant de l'Intrépide de Gatineau (midget AAA) éprouve-t-il des regrets lorsqu'il passe en revue sa dernière saison?

Aurait-il pu mieux faire?

« Il y a un match en particulier que je regrette, et c'est la finale des Jeux olympiques de la jeunesse à Lillehammer (que le Canada a perdu face aux États-Unis, en février.)

« Dans cette finale, j'ai connu une excellente partie, peut-être ma meilleure du tournoi. Mais je considérais ne pas en avoir donné suffisamment à l'équipe pour aller chercher la victoire. Je portais un A sur mon chandail et je crois avoir été exemplaire à l'extérieur de la patinoire. Mais dans ce match crucial, je pense que j'aurais pu en donner davantage. »

Il aura amplement l'occasion de se reprendre, prédisent les recruteurs.  

Bonne chance à tous ceux qui, samedi, auront le privilège d'être sélectionnés.