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01/06/2016 13:17 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Référendum au Venezuela : l'opposition craint une explosion sociale

L'opposition vénézuélienne a mis en garde mercredi contre une "explosion sociale" si le référendum pour révoquer le président était retardé, forte du soutien de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui a accentué la pression internationale sur Nicolas Maduro.

Sept députés de la coalition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, ont remis au Conseil national électoral (CNE) un document pour réclamer un calendrier des différentes étapes menant au référendum.

Leur objectif : faire pression sur cet organisme, qu'ils accusent de faire le jeu du chavisme (du nom de l'ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), et accélérer ce processus, estimant qu'il s'agit de la seule "soupape" pour faire retomber la pression.

"Nous exigeons des autorités électorales qu'elles se mettent en accord avec l'histoire, avec la souffrance du peuple et qu'elles fassent tomber les barrières empêchant que le référendum se tienne cette année", a expliqué le vice-président du Parlement Enrique Marquez, à la tête de la délégation.

Si le référendum venait à être retardé, "la pression sociale au Venezuela atteindrait des niveaux insoupçonnés", a-t-il prévenu.

Le CNE se prononcera jeudi sur les 1,8 million de signatures recueillies et présentées par la MUD en faveur du référendum. S'il les valide, ce ne sera que le premier pas d'un long processus.

L'opposition de centre-droit est engagée dans un contre-la-montre pour organiser cette consultation d'ici le 10 janvier 2017, car elle pourrait alors entraîner de nouvelles élections. Sinon, Nicolas Maduro serait uniquement remplacé par son vice-président.

Elle a reçu mardi un soutien de poids avec l'appel par le secrétaire général de l'OEA, l'Uruguayen Luis Almagro, à une réunion urgente de l'organisation en juin pour parler de "la crise institutionnelle" au Venezuela.

"Bientôt, tous les pays soutiendront le peuple vénézuélien qui veut un référendum révocatoire !" s'est exclamé Henrique Capriles, un des leaders de l'opposition.

Furieux, Nicolas Maduro a accusé l'OEA d'"interventionnisme", appelant à "une grande marche anti-impérialiste et +anti-almagriste+".

Des milliers de jeunes socialistes manifestaient mercredi dans le centre de Caracas, en scandant "Almagro, va te faire voir !".

"Almagro, qu'il ne se mêle pas des problèmes du Venezuela, qu'il s'occupe de sa vie car ici le peuple vénézuélien se débrouille", a déclaré à l'AFP Emilio Segovia, l'un des manifestants.

- 'Grave crise humanitaire' -

Pour M. Maduro, l'action de l'OEA, sollicitée par l'opposition, annonce une prochaine intervention des Etats-Unis au Venezuela. Il va poursuivre la direction du Parlement pour "usurpation de fonctions" et "trahison à la Patrie".

"Nous savons que ce qui vient, c'est une intervention, armée même", a renchéri mercredi la ministre des Affaires étrangères Delcy Rodriguez.

"C'est pourquoi nous sommes en train d'alerter toute la région. L'empire (les Etats-Unis, ndlr) a décidé qu'il était temps de nous prendre nos ressources", a-t-elle affirmé.

Dans un pays sinistré économiquement par la chute des cours du pétrole, sa principale richesse, le président socialiste est la cible d'un mécontentement populaire croissant, 68% des habitants souhaitant son départ.

Fatigués de faire la queue pendant des heures avant de trouver des rayons vides au supermarché, lassés des coupures d'électricité quotidiennes, irrités face à des services publics ne fonctionnant plus que deux jours par semaine, les Vénézuéliens semblent avoir perdu patience.

Le climat d'exaspération dans ce pays qui est l'un des plus violents au monde et l'attitude inflexible du gouvernement font craindre des débordements, deux ans après des manifestations ayant fait 43 morts.

Il y a "altération de l'ordre constitutionnel", a estimé M. Almagro, invoquant la charte démocratique de l'OEA, après avoir déjà accusé M. Maduro de devenir un "dictateur".

Mais "l'OEA ne va pas fournir de solution magique pour le Venezuela", prévient l'avocat Carlos Ayala Corao, expert en droit constitutionnel.

"L'application de la charte (démocratique) n'est pas la solution immédiate à tous nos maux", estime aussi le constitutionnaliste José Ignacio Hernandez, mais "au final, après un chemin plus ou moins long, la pire situation pour le Venezuela serait sa suspension de l'OEA", une possibilité inscrite dans la charte.

L'organisation n'est pas la seule à faire pression sur Caracas : le Chili, l'Argentine, la Colombie et l'Uruguay plaident aussi pour un référendum.

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