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01/06/2016 05:25 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Pakistan: un enseignant accusé de blasphème par des parents mécontents

Un enseignant musulman pakistanais risque la peine de mort après avoir été accusé de blasphème par des parents mécontents et arrêté, déclenchant la colère de responsables scolaires et de militants qui critiquent cette loi car elle est régulièrement détournée à des fins personnelles.

Enseignant d'arabe dans un établissement scolaire gouvernemental du sud du Pendjab, Gibreel Ahmed, 40 ans, a été arrêté le 14 mai.

Dans un premier temps, il avait été suspendu pour avoir frappé deux frères élèves de 6e car ils étaient arrivés en retard en classe, a indiqué le principal du collège public Gurmani dans le district de Muzaffargarh.

Mais quatre jours après avoir protesté auprès du collège, les parents se sont rendus à la police pour accuser M. Ahmed de blasphème, selon les autorités locales. L'école souligne qu'aucun blasphème n'avait été mentionné avant le dépôt de la plainte devant la police.

Le blasphème est une question particulièrement sensible au Pakistan, pays musulman conservateur où de simples allégations peuvent suffire à déclencher des violences et des lynchages.

Les défenseurs des droits de l'Homme critiquent cette loi ouvrant la voie à de nombreuses fausses accusations, notamment dans le but d'assouvir une vengeance personnelle.

Pour l'avocat Shahbaz Ali Gurmani, qui a parlé avec le père de l'accusé, il s'agit d'un de ces cas "montés de toute pièces".

Dans la plupart des plaintes déposées pour blasphème, il y a "des motivations personnelles, sociales ou politiques", a-t-il déclaré à l'AFP.

Une opinion partagée par le principal de l'école, selon qui l'accusation de blasphème, qui n'a pas été mentionnée par les parents lorsqu'ils se sont plaints initialement de l'enseignant, est "sans fondement".

La militante des droits de l'Homme Hina Jillani, expliquant que la police intervient parfois sur la foi de telles accusations par peur de représailles, a déploré que la loi soit souvent instrumentalisée "pour défendre des intérêts personnels".

Le père mécontent, Muhammad Bilal, a indiqué à l'AFP que l'enseignant M. Ahmed battait régulièrement les élèves.

"Mon fils m'a dit le 10 mai que l'enseignant les avait battus pour ne pas avoir effectué un acte blasphématoire", a-t-il affirmé.

L'enseignant est en détention pendant que se poursuit l'enquête, a indiqué un responsable de la police locale, Javed Akhtar.

Le blasphème est passible de la peine de mort au Pakistan. Si personne n'a été exécuté pour de tels faits jusque là, des partisans d'une réforme de cette loi ont été assassinés par des zélotes.

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