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01/06/2016 02:33 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Opep: une réunion attendue sans surprises alors que le "prix juste" du pétrole n'est pas loin

Dans un marché pétrolier qui a lentement mais sûrement remonté la pente depuis ses plus bas du début d'année, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) devrait à nouveau opter pour le statu quo lors de sa réunion semestrielle jeudi à Vienne.

Ainsi le ministre de l'Énergie des Émirats arabes unis Suhail al-Mazroui s'est-il dit "optimiste" concernant l'évolution des prix du pétrole mardi à son arrivée dans la capitale autrichienne, estimant que le baril devrait atteindre un "prix juste" à la fois pour les consommateurs et pour les producteurs d'ici la fin de l'année .

"Cette année est l'année de la correction" pour le pétrole, a-t-il insisté.

De son côté, le ministre nigérian du Pétrole Emmanuel Ibe Kachikwu a également constaté mardi à son arrivée à Vienne que le marché allait "bien" et que "les prix montaient".

Avec un baril de pétrole qui avoisine désormais les 50 dollars le baril, et que la plupart des organismes internationaux du secteur s'accordent à prédire un rééquilibrage du marché d'ici à la fin de l'année, la probabilité que l'Opep infléchisse sa position par rapport à sa réunion de décembre est jugée hautement improbable par la plupart des observateurs.

Loin d'avoir préparé le terrain à un quelconque changement de stratégie du cartel, l'incapacité des grands producteurs de brut à s'entendre sur une limitation de leur production à la mi-avril à Doha est considérée par beaucoup comme le signe de l'absence d'une réelle volonté de réduire la surabondance mondiale d'offre, à l'heure où le marché semble bien parti pour s'en charger lui-même.

"Ce n'est pas la situation du marché, ce sont certaines circonstances" exceptionnelles qui ont réduit la production et aidé à la reprise des prix, a argué le ministre vénézuélien du Pétrole Eulogio Del Pino mercredi à Vienne, jugeant qu'un gel de la production était de facto en place depuis plusieurs mois sur le marché.

"Si vous regardez la production, celle-ci a été gelée. Si vous regardez le déclin (de la production) dans les pays hors-Opep et la situation dans plusieurs pays, la production a été maintenue au même niveau ces trois ou quatre derniers mois", a expliqué M. Del Pino, évaluant que les perturbations non planifiées de production au Canada, au Nigeria ou encore en Colombie avaient retiré plus de 3 millions de barils du marché.

Le ministre vénézuélien du Pétrole a toutefois défendu le "rôle historique" de l'Opep, jugeant lui aussi que si ses membres se réunissaient ce jeudi, c'était pour "maintenir la défense d'un prix juste pour (leurs) produits", tout en restant évasif quand on lui demandait si ce prix était également juste pour son propre pays.

Reste qu'outre l'amélioration des conditions du marché, le retour en force de l'Iran rend également improbable toute décision de l'Opep de limitation de sa production.

- Aucun effet négatif des exportations iraniennes -

La rivalité opposant Téhéran à l'Arabie saoudite, poids lourd du cartel, a largement contribué à l'impasse des négociations menées depuis le début de l'année sur un éventuel gel de la production au niveau mondial, alors que Ryad a toujours indiqué qu'il n'y consentirait pas unilatéralement.

Fidèle à son objectif de regagner aussi vite que possible le terrain perdu depuis 2012, l'Iran vient d'annoncer qu'il comptait exporter, à partir de cet été, 2,2 millions de barils de pétrole par jour, retrouvant ainsi son niveau d'exportation d'avant les sanctions.

Le marché est en train de retrouver "un état d'équilibre" a déclaré mercredi, avant son départ pour Vienne, le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh, expliquant que le doublement des exportations iraniennes depuis le début de l'année n'avait eu aucun effet négatif sur le marché, qui avait au contraire bien absorbé cette offre supplémentaire.

"De façon générale, la croyance est que le marché va finir par se rééquilibrer à un moment donné", ce qui ne devrait guère encourager l'Opep à prendre une quelconque initiative, alors que les prix sont redevenus plutôt confortables pour la plupart des producteurs du cartel, abonde Alexander Poegl, analyste principal chez JBC Energy.

Le cartel de 13 pays, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril, en hausse de 3,5% sur un an.

Et pour Helima Croft, qui dirige la division matières premières de RBC Capital Markets, rien n'indique que l'Arabie saoudite soit prête à se désengager de la guerre d'usure pour le maintien de ses parts de marché engagée fin 2014, d'autant que "le tout-puissant vice-prince héritier semble particulièrement concentré sur son effort de réforme économique de grande ampleur et pas particulièrement affecté par l'environnement de prix actuel".

jra/rap