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01/06/2016 06:29 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Nigeria: qui sont les Vengeurs du Delta du Niger?

Le sud-est du Nigeria, région de production de pétrole, est attaqué depuis plusieurs mois par un nouveau groupe armé, les Vengeurs du Delta du Niger (NDA). Un nouveau défi politico-sécuritaire pour le président Muhammadu Buhari. Question/Réponse :

- Qui sont-ils? -

Les "Vengeurs" se décrivent eux-mêmes comme jeunes, d'un bon niveau d'éducation et se présentent comme des "hors-la-loi émérites" en attaquant les infrastructures gazières et pétrolières du Delta du Nigeria depuis le début de l'année.

"Même les services secrets nigérians ne sont pas sûrs à 100% de leurs motivations", affirme Dirk Steffen, expert en sécurité maritime pour la société danoise Risk Intelligence.

Mais compte tenu de la complexité des attaques sur les infrastructures pétrolières, il est fort probable que certains de leurs membres soient des ex-combattants issus d'anciens groupes armés, selon M. Steffen.

L'attaque des NDA sur l'oléoduc sous-marin Forcados de Shell en février a nécessité des plongeurs professionnels, ce qui implique que les combattants ont un certain niveau de compétence et de connaissance dans le secteur pétrolier.

Toutefois, l'organisation hiérarchique du groupe est encore soumise à débat. "Les NDA ne représentent pas forcément un groupe très défini, à l'exception d'un noyau dur de 100 à 150 personnes", ajoute l'expert.

- Que veulent-ils? -

Tout comme les anciens groupes rebelles, les NDA réclament une meilleure répartition des revenus pétroliers -concentrés selon eux entre les mains de dirigeants du Nord et des multinationales-, une amnistie financière, le nettoyage du désastre écologique dans le Delta, et des compensations pour les pollutions engendrées par l'extraction du pétrole.

Mais ils défendent également des idées séparatistes et veulent la création d'un État indépendant dans les régions du sud-est du Nigeria.

En 2009, le Nigeria avait signé un cessez-le-feu avec le Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEND) et mis en place un programme d'amnistie, de compensation financière et de formations professionnelles dans le secteur pétrolier pour les ex-rebelles.

Mais depuis la chute du prix du baril de pétrole, et la crise financière qu'elle a engendré pour le premier producteur d'or noir du continent africain, le pouvoir peine à trouver de l'argent pour financer cet accord.

Il avait laissé entendre qu'il stopperait progressivement le programme, déclenchant les foudres des 30.000 ex-rebelles concernés. Le président, qui vient de fêter sa première année à la tête du Nigeria, a également mis fin à des contrats juteux avec des ex-combattants, employés pour protéger les oléoducs.

Les rebelles du NDA exigent la libération de Nnamdi Kanu, chef du groupe Peuple Indigène du Biafra (IPOB), incarcéré pour "haute trahison" et demandent que des dirigeants du parti au pouvoir, le Congrès progressiste (APC), soient poursuivis pour corruption au même titre que des membres de l'opposition du Parti Démocratique Populaire (PDP).

"Il est très probable que les Vengeurs et les autres groupes rebelles nés ces derniers mois reçoivent un soutien d'anciens ou d'actuels membres du PDP", affirme Philippe de Pontet responsable Afrique chez Eurasia, cabinet de conseil et de recherche en risques politiques mondiaux, dans son dernier rapport.

- Quel est l'impact de ces attaques?-

Les NDA visent sciemment des zones de production stratégiques comme par exemple une série d'attaques à la bombe contre les oléoducs du groupe italien Eni et de la société nationale nigériane NNPC, qui acheminent le gaz pour la production énergétique de la mégalopole économique du pays, Lagos.

Leurs attaques ont contribué au recul de la production de pétrole, passée de 2,2 millions à 1,4 million de barils par jour, selon les autorités, son plus bas niveau depuis les années 1990. Ce recul doublé de la chute mondiale des cours du brut, fragilisent les finances du Nigeria, qui tire 70% de ses revenus de l'or noir.

Pour tenter d'oxygéner les finances d'un Etat sous pression, le président Buhari a déclaré la semaine dernière qu'il allait "re-concevoir" le programme d'amnistie ouvrant la voie à un dialogue.

Tentant sans doute d'instaurer un rapport de force lui étant favorable, il a envoyé du même souffle des renforts militaires dans les marécages du Delta du Niger, qui pourraient intensifier les hostilités, et ainsi ramener de nouveaux sympathisants aux rebelles.

sf/phz/spb/gl

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