NOUVELLES
01/06/2016 08:03 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Les troupes peinent à avancer dans Fallouja en Irak, 20.000 enfants bloqués

Les forces irakiennes soutenues par l'allié américain peinent à avancer dans Fallouja face à la résistance de centaines de jihadistes aguerris du groupe Etat islamique (EI), l'ONU s'alarmant mercredi du sort de 20.000 enfants y risquant un recrutement forcé.

Dans la Syrie voisine, les forces kurdes appuyées elles aussi par l'aviation américaine combattaient l'EI sur deux fronts.

Au 10e jour de leur offensive, les forces irakiennes tentent d'avancer vers le centre de Fallouja. Elles sont parvenues à entrer lundi dans ce fief jihadiste situé à seulement 50 km à l'ouest de Bagdad.

"Nos forces poussent pour entrer dans le centre ville mais il y a une forte résistance" de l'EI, explique le général Abdelwahab al-Saadi, commandant de l'opération. Il a fait état de combats de rue.

Le Pentagone a pour sa part affirmé que la bataille était "dure" et que les jihadistes avaient "l'intention de se battre".

Soumis à un siège quasi-hermétique à Fallouja, l'EI est condamné à se battre, contrairement aux précédentes batailles où les jihadistes parvenaient à sortir des villes devant la progression des forces armées.

- Des enfants forcés au combat -

Implantés depuis janvier 2014 dans cette ville de la province d'Al-Anbar, les jihadistes ont sans doute fortifié leurs défenses.

"A chaque fois que nos forces essayent d'avancer, ils font face à des systèmes de défense mis en place par Daech", un acronyme en arabe de l'EI, a indiqué un colonel de la police.

Les commandants irakiens affirment avoir tué des dizaines de jihadistes depuis le début de l'offensive le 23 mai, mais restent discrets sur leurs pertes.

Néanmoins, le nombre de cercueils renvoyés dans les provinces à majorité chiite du sud de l'Irak et d'enterrements dans la ville sainte chiite de Najaf, suggère que le camp antijihadiste a subi de lourdes pertes.

"Depuis le début de l'assaut, nous avons reçu quelque 70 cercueils de martyrs", a dit un membre des forces de sécurité devant la "Vallée de la paix" à Najaf, le plus grand cimetière au monde.

Des responsables de la province de Bassora (sud) ont confirmé la mort de 26 miliciens progouvernementaux originaires de la région. Un autre responsable a confirmé 12 morts originaires de Najaf. A Bagdad, une centaine de combattants ont été soignés depuis lundi dans des hôpitaux.

Aucun bilan n'est disponible sur des victimes civiles, mais quelque 50.000 civils sont bloqués dans le centre de Fallouja.

Parmi eux, au moins 20.000 enfants "risquent le recrutement forcé", a déclaré le représentant de l'Irak pour le Fonds de l'ONU pour l'enfance (Unicef) Peter Hawkins. "Les enfants sont forcés à porter les armes pour combattre dans une guerre d'adultes. Leur vie et leur avenir sont en danger".

S'adressant aux commandants de l'opération, le Premier ministre Haider al-Abadi a dit son inquiétude pour la population de Fallouja. Cité par la télévision, il a expliqué qu'il aurait été "possible de conclure l'offensive rapidement si la protection des civils n'était pas l'un des fondements de notre plan".

L'Unicef a appelé à l'ouverture de passages sûrs pour les civils, l'ONU ayant accusé l'EI de les utiliser comme boucliers humains.

Les habitants, au nombre de quelque milliers, qui ont pu fuir Fallouja ou sa périphérie ont parlé d'un manque d'eau potable, de nourriture et de médicaments. Aucune aide n'est parvenue dans la ville depuis septembre 2015.

- Offensives anti-EI en Syrie -

Le groupe jihadiste a profité de la guerre civile en Syrie et de l'instabilité en Irak pour s'y implanter.

La coalition internationale, principalement les Etats-Unis, apporte une aide cruciale aux forces antijihadistes au moyen de raids aériens et de conseillers militaires sur le terrain en Irak comme en Syrie voisine.

En Syrie, ils aident spécialement les Forces démocratiques syriennes (FDS) composées surtout de combattants kurdes.

Celles-ci mènent depuis le 24 mai une offensive contre l'EI dans le nord de la province septentrionale de Raqa, où elles ont repris plusieurs villages.

Les FDS ont ouvert en outre un nouveau front contre l'EI dans le nord de la province limitrophe d'Alep, pour reprendre la ville de Manbij, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Les combats sont féroces", a déclaré un responsable des FDS.

Le Centcom, le commandement militaire américain au Moyen-Orient, a fait état de 18 frappes de la coalition internationale sur des positions de l'EI à Manbij.

"L'offensive a démarré", la prise de Manbij "est le prochain objectif de la coalition" a déclaré un responsable américain de la défense sous couvert de l'anonymat. "C'est le premier pas" pour expulser les jihadistes de la "poche de Manbij", le dernier corridor d'accès des jihadistes à la frontière turque.

L'EI tente pour sa part de s'emparer dans la région des deux fiefs rebelles de Marea et Azaz, à l'ouest de Manbij, menaçant des dizaines de milliers de civils et de déplacés.

bur/tp/feb/mer