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01/06/2016 07:18 EDT | Actualisé 01/06/2016 07:19 EDT

Entrepreneuriat conscient: les entrepreneurs du 3e millénaire

Comment concilier économie et bien commun, entreprise et quête de sens, performance financière et valeurs humaines?

Ezra Bailey via Getty Images
Business woman looking over the city at sunrise.

Comment concilier économie et bien commun, entreprise et quête de sens, performance financière et valeurs humaines ?

Cette question, quelque peu saugrenue aux yeux des entrepreneurs traditionnels, est aujourd’hui au cœur du modèle d’affaires et de la stratégie d’un nombre croissant de chefs d’entreprise, et non des moindres.

John Mackey - le fondateur de Whole Foods Market et le père du concept de Conscious Capitalism (Capitalisme conscient) - a ouvert la voie en prônant un nouveau modèle capitaliste, créateur de valeurs et profitable pour toutes les parties prenantes, qu’elles soient internes ou externes à l’entreprise.

Ce dirigeant américain a décidé de réduire les inégalités salariales dans son entreprise en plafonnant la rémunération des dirigeants de son entreprise à dix-neuf fois le salaire moyen. Et pour donner l’exemple, il a fait don de ses stock-options à sa fondation de microfinance et renoncé à toute autre forme de rémunération.

Ce patron décomplexé, qui parle d’amour et d'épanouissement au travail et se dit romantique, a également engagé son entreprise dans une campagne contre l’obésité et la malbouffe en vue de réduire les maladies imputables au mode de vie.

Grâce à sa fondation, il a financé plus d’un million de femmes à travers le monde pour les aider à démarrer leur micro-entreprise. Puis il a lancé une conférence annuelle au sein du monde économique afin de sensibiliser les patrons à la nécessité d’un objectif d’entreprise plus vertueux que les simples profits à court terme.

Le chiffre d’affaires de sa chaîne bio s’élevait à 15,4 milliards de dollars en 2015. Preuve s’il en est, qu’il est tout à fait possible de concilier intérêt général et bénéfices.

D’autre grands décideurs économiques lui ont emboîté le pas et se sont engagés vers plus de conscience dans le monde des affaires : Richard Branson, PDG de Virgin et Jochen Zeitz, DG de Kering, ont fondé The B Team. Un groupe de leaders internationaux qui se sont réunis pour impulser le changement dans le secteur économique en vue de « transformer les entreprises et mettre les ressources entrepreneuriales au service des grands enjeux sociaux et environnementaux. »

Quant à Jay Coen Gilbert, fondateur d’AND1, en créant une nouvelle forme d'entreprise à but lucratif, la « Benefit Corporation », il a doté toutes ces initiatives positives d’un cadre juridique. Ces « BCorp » peuvent désormais définir des objectifs sociaux mesurables au même titre que les objectifs financiers.

Plus de 1728 entreprises, qui représentent 130 secteurs d’activité à travers 50 pays (2), sont aujourd’hui certifiées « BCorp », une certification garantissant leur transparence et leur performance réelle dans le social et le développement durable.

D’autres leaders vont encore plus loin et parlent de bien-être, de bienveillance, de bonheur au travail, voire de sagesse, thème de prédilection de la conférence Wisdom 2.0. Une grand-messe annuelle où l’on voit défiler des milliers de professionnels - et parmi eux les patrons notoires de Twitter, Ford, Ebay, Linkedin, Aetna, Huffington Post - venus s’inspirer des enseignements de leaders spirituels laïcs, de coachs en développement personnel, de chercheurs en psychologie et en neurosciences.

Douce utopie? Coup de pub?

Il est certes tentant de faire preuve de scepticisme, connaissant la réalité du monde des affaires et les deux marqueurs inscrits dans l’ADN des entreprises : compétitivité et rentabilité.

S’il est tout à fait probable que certains patrons exploitent cette nouvelle tendance pour redorer le blason de leur entreprise, l’authenticité et la réelle conviction d’une nouvelle génération d’entrepreneurs restent indéniables.

À l’aube de ce 3e millénaire, nombre d’observateurs et de spécialistes s’accordent pour dire qu’une nouvelle espèce de dirigeants est en train de voir le jour : des entrepreneurs lucides et concernés face aux grands périls qui menacent l’humanité, qui recherchent un nouveau modèle d’organisation porteur de sens et d’engagement.

Comment se réaliser soi-même et donner du sens à son action économique? Comment créer de la valeur non seulement financière, mais aussi sociale, écologique, culturelle ou politique? Comment relier son projet individuel au projet collectif Des questions qui soutiennent l’action de ces entrepreneurs nouveaux, laquelle est fondée sur un nouveau paradigme : redéfinir la mission entrepreneuriale et réviser la notion de succès de l’entreprise pour qu’elle soit la meilleure pour le monde et non plus la meilleure au monde.

On assiste donc à l’émergence d’une nouvelle génération de leaders dont la mission d’entreprise s’aligne sur leur mission de vie : ce sont les entrepreneurs conscients.

Les Québécois s’y mettent aussi!

L’entrepreneuriat conscient a le vent en poupe au Québec également. Engagés vers plus de conscience dans les affaires, de plus en plus d’entrepreneurs québécois multiplient les initiatives dans le but d’améliorer le destin collectif.

Ces avant-gardistes osent bousculer les modèles d’entreprise en place et inventer des structures et des schémas opérationnels novateurs. Ils privilégient les relations transparentes avec toutes les parties prenantes, et prennent en compte l’intérêt des salariés, des clients, des fournisseurs, de la collectivité et de l’environnement, au même titre que celui des actionnaires.

Au demeurant, et comme l’avait si bien dit Victor Hugo : «Il n'est rien au monde d'aussi puissant qu'une idée dont l'heure est venue.»

Le Huffington Post Québec diffuse sous forme de podcast une nouvelle émission produite et animée par Victoria Vidal. Intitulée Entrepreneurs conscients, elle présente une série de portraits d’entrepreneurs québécois, qui sera diffusée chaque mercredi à partir du 1er juin 2016. Écoutez les entrevues ici!