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01/06/2016 10:50 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

La crise sociale en France vire à la guerre d'usure

Grève illimitée des cheminots, mobilisation relancée dans d'autres transports et secteurs : la crise sociale en France vire à la guerre d'usure faute d'issue prévisible à quelques jours de l'ouverture de l'Euro-2016 de football, le 10 juin.

La grève a été reconduite pour jeudi dans les transports ferroviaires. Mercredi, seuls trois à quatre trains régionaux sur dix et 60% des trains à grande vitesse (TGV) ont circulé, selon la Société nationale des chemins de fer (SNCF), qui a évalué à 17% la proportion de ses employés ayant arrêté le travail.

En banlieue parisienne, le scénario était le même partout pour les voyageurs tentant de rejoindre leur lieu de travail : gros retards pour les rares trains annoncés, qui roulaient bondés.

Les liaisons internationales étaient relativement épargnées, avec un trafic normal des trains pour le Royaume Uni (Eurostar) et l'Allemagne, et 75% maintenus à destination de la Suisse (Lyria) ou du Benelux (Thalys).

En pointe depuis mars de la fronde contre une réforme du droit du travail, le syndicat contestataire CGT a assuré mercredi qu'il n'était "pas question de bloquer l'Euro", mais a accusé l'exécutif de refuser le dialogue.

Il promet cette semaine "la plus forte mobilisation depuis trois mois", avant d'ajouter que "si le gouvernement, demain, dit +on discute+, il n'y a plus de grève".

La grève à la SNCF est la huitième depuis mars mais la première de durée illimitée. Le conflit porte avant tout sur des revendications liées au temps de travail. Mais la CGT, majoritaire chez les cheminots, y a adjoint celle du "retrait" de la loi dite "Travail".

- 'Gâchis' économique -

Le gouvernement socialiste refuse de céder sur cette réforme du code du travail. "Reculer serait une faute politique", a estimé mardi le Premier ministre Manuel Valls. Le président François Hollande a réaffirmé que le projet ne serait "pas retiré".

A la tête de l'opposition de droite, son prédécesseur Nicolas Sarkozy, a dénoncé "la pagaille", "la chienlit" régnant en France et "la faiblesse" de l'exécutif.

Pour le pouvoir, plombé par une impopularité record, la réforme du droit du travail doit permettre de déverrouiller le marché de l'emploi et de mieux lutter contre un chômage proche des 10%.

Mais ses détracteurs estiment qu'elle va accroître la précarité des salariés. Exigeant son retrait, ils multiplient depuis mars les manifestations, émaillées de violences. Une nouvelle journée d'action est programmée pour le 14 juin.

A neuf jours de l'Euro, qui va drainer vers la France des dizaines de milliers de supporters, d'autres grèves sont prévues.

Un mouvement illimité doit débuter jeudi dans les transports parisiens. La direction ne prévoit que de faibles perturbations.

Dans le secteur de l'énergie, la CGT a appelé à des grèves reconductibles, avec "des coupures ciblées" d'électricité et de gaz visant les services de l'Etat et le siège du patronat. Des arrêts de travail sont prévus jeudi dans 16 des 19 centrales nucléaires.

Des actions se poursuivent dans les raffineries et aux terminaux pétroliers du Havre (nord-ouest) qui alimentent en kérosène les aéroports parisiens.

Seule éclaircie, deux syndicats de contrôleurs aériens ont levé leur préavis de grève de vendredi à dimanche. Mais chez Air France, plusieurs syndicats de pilotes se sont prononcés pour le principe d'une grève en juin contre des mesures de productivité, l'un d'eux (Spaf) annonçant le dépôt d'un préavis pour les 11 et 12 juin.

Manuel Valls a fait part mercredi de son "sentiment de gâchis" concernant l'impact économique du conflit. "Oui, ce conflit peut peser sur notre économie, au moment où l'action du gouvernement permet la reprise, la croissance et la baisse du chômage" a-t-il déclaré devant les députés.

Les derniers indicateurs économiques montrent en effet une légère baisse du chômage et un frémissement de la croissance.

Dans un document interne, la compagnie pétrolière Total a estimé que la grève dans ses cinq raffineries représentait "une perte de l'ordre de plusieurs dizaines de millions de dollars par semaine".

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