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01/06/2016 07:34 EDT | Actualisé 02/06/2017 01:12 EDT

Glyphosate : Bruxelles propose une prolongation de 12/18 mois de l'autorisation

La Commission européenne, en difficulté pour faire reconduire l'autorisation dans l'UE du glyphosate, l'herbicide le plus répandu, a annoncé mercredi qu'elle proposait aux Etats membres une prolongation de 12 à 18 mois de l'actuelle homologation, le temps d'obtenir de nouvelles données scientifiques.

La Commission va demander de "prolonger l'autorisation actuelle jusqu'à l'avis de l'Echa", l'Agence européenne des produits chimiques chargée de la classification des substances, qui doit publier une étude sur le glyphosate en 2017, a expliqué au cours d'une conférence de presse à Bruxelles le commissaire à la Santé Vytenis Andriukaitis.

Cette proposition sera faite aux Etats membres pendant une réunion à Bruxelles le 6 juin. L'autorisation actuelle de la substance expire à la fin du mois de juin.

Une controverse est née à propos des effets du glyphosate sur la santé et de son caractère cancérogène, sur la base de différentes études scientifiques, animant un débat qui dure depuis plusieurs semaines. Bruxelles s'appuie sur l'étude de l'Efsa, l'Agence européenne de sécurité des aliments, qui juge le risque cancérogène "improbable", ainsi que sur plusieurs études nationales.

La Commission proposait jusqu'à présent de reconduire pour neuf ans l'autorisation du glyphosate. L'exécutif européen cherche à obtenir la majorité qualifiée mais deux réunions précédentes, en mars, puis à la mi-mai, ont montré l'absence de consensus sur la question.

"Les Etats membres n'ont pas besoin de se cacher derrière une décision de la Commission", a lancé mercredi le commissaire Andriukaitis.

Même si l'autorisation du glyphosate était prorogée au niveau de l'UE, la décision de commercialiser sur chaque territoire national des pesticides contenant ce principe actif, relève en revanche de chacun des Etats membres, a souligné le commissaire.

Le glyphosate se retrouve dans les pesticides les plus courants, comme le Round-Up de Monsanto, ou encore chez les concurrents Syngenta, BASF, Bayer, Dupont, ou Dow Agrosciences.

La Commission prépare par ailleurs une deuxième proposition visant à réduire au minimum l'utilisation du glyphosate dans les jardins, parcs et aires de jeux publics ainsi que dans les champs dans la période qui précède la récolte.

Ces limitations étaient réclamées non seulement par le Parlement européen mais aussi par Greenpeace UE.

C'est "la moindre des choses : des restrictions strictes pour limiter l'exposition de l'homme", a expliqué Franziska Achterberg, chargée des questions alimentaires au sein de cette ONG.

Bruxelles a par ailleurs réitéré son intention d'interdire le POE-tallowamine, qui entre dans la composition de certains produits herbicides à base de glyphosate.

Les nouvelles propositions n'ont pas fait changer d'avis la France, un des huit pays qui n'avait pas donné son accord il y a quinze jours, a d'ores et déjà prévenu la ministre de l'Environnement Ségolène Royal sur Twitter. Paris "ne votera pas la proposition de Bruxelles", a-t-elle dit.

L'industrie phytosanitaire s'est montrée aussi insatisfaite après ce changement dans la position bruxelloise, estimant que l'idée de prolongation "établit un précédent disproportionné dans le contexte des règles et des procédures en matière d'autorisation de substances actives", selon un communiqué du Glyphosate Task Force, un consortium emmené par l'Américain Monsanto.

"Si les gouvernements ne sont pas certains que le glyphosate soit sans danger, les Européens ne devraient pas y être exposés", a réagi Bert Wander, directeur de campagne d'Avaaz, un collectif qui a recueilli 1,4 million de signatures contre l'utilisation du glyphosate.

Le principal syndicat agricole européen, le Copa-Cogeca, a de son côté appelé à reconduire l'autorisation du glyphosate "en l'absence d'alternative existante".

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