DIVERTISSEMENT
01/06/2016 06:21 EDT | Actualisé 01/06/2016 06:21 EDT

«Dirty Dancing»: ni nostalgie, ni plaisir (PHOTOS)

Paméla Lajeunesse

Un parterre étonnamment pas uniquement composé d’adolescentes des années 80 et hautement enthousiaste a accueilli la comédie musicale Dirty Dancing – The Classic Story On Stage, mardi, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Enthousiaste, il faut l’être pour apprécier cette transposition scénique du mythique film d’Emile Ardolino de 1987, qui tient l’affiche à Montréal jusqu’à dimanche. Bien que la réception ait été (beaucoup trop, à notre avis) favorable en ce soir de première médiatique – où plusieurs rangées étaient vides à l’arrière -, il est décevant de constater à quel point ce qui devrait être un événement en soi rate la cible, et largement.

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La production, qui rassemble 28 artistes sur scène, met en vedette Christopher Tierney et Rachel Boone dans les rôles de Johnny Castle et Frances «Baby» Houseman, et a connu plusieurs modifications depuis ses premiers balbutiements sous forme de simple atelier théâtral, à Manhattan, à l’automne 2001. Depuis, la troupe s’est arrêtée dans plusieurs pays à travers la planète ; le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Australie ont figuré à l’itinéraire des plus récentes tournées, en 2014 et 2015.

Le livret – dont la trame aurait gagné à être resserrée - est écrit par Eleanor Bergstein, aussi scénariste du long-métrage, la mise en scène de cette édition nord-américaine – laborieuse - est signée James Powell et les chorégraphies – pas tellement complexes – sont imaginées par Michele Lynch, inspirées par les originales de Kate Champion.

L’histoire est la même qu’au cinéma : à l’été 1963, la jeune Baby part en vacances avec sa famille dans les montagnes Catskill de l’état de New York, où elle se lie d’amitié avec de jeunes danseurs et se trouve encore plus d’affinités avec le professeur de danse, Johnny, qui deviendra son soupirant.

Retournez à Patrick…

Si vous êtes de fiévreux adeptes de Dirty Dancing, des pur(e)s et dur(e)s, contentez-vous de re-visionner, même pour une énième fois, l’œuvre originale à la maison, sans quoi vous serez sans doute outrés qu’on torpille ainsi votre classique favori. On ne trouve ni nostalgie, ni plaisir (même pas un peu coupable), ni réconfort dans cet enchaînement de tableaux lassants, qui frôlent le ridicule. Toutes les émotions qui devraient normalement nous habiter au sortir d’un tel rendez-vous font cruellement défaut.

La toute première scène, celle de la mise en contexte et de la présentation de Baby et de ses vacances imminente est pimpante, passable, et laisse présager une suite à peu près respectable. Or, ça ne tarde pas à se gâcher rapidement avec des compréhensibles, mais interminables numéros de danse qui trainent en longueur et qui, surtout, n’ont pas grand-chose de spectaculaire. Bien sûr qu’on s’attend à ce que ça se trémousse dans un hommage à Dirty Dancing, mais ici, pas de magie, pas de passion, pas de charme qui se dégage de cette romance adolescente pourtant légendaire. Au total, 20 nouvelles scènes – probablement complètement inutiles – ont été ajoutées au scénario d’origine, et on compte 36 moments musicaux, dont aucun ne sort réellement du lot, mis à part la finale.

Les dialogues de Dirty Dancing ne sont pas chantés comme dans la majorité des autres spectacles du genre, donc on a justifié l’aspect «musical» de l’expression «comédie musicale» par ces trop nombreuses et ennuyantes saynètes qui perdent rapidement leur attrait. Même les airs les plus célèbres de Dirty Dancing, les Hungry Eyes et (I’ve Had) The Time Of My Life ne sont pas si réjouissants. On ressent certes un frisson aux premières mesures cette dernière chanson, à la fin, dans ce qui s’avère sans doute la plus jolie vignette du collage (au final, c’aurait pu être cet unique instant pendant deux heures et c’aurait peut-être été meilleur), mais elle ne suffit pas à racheter l’ensemble.

Les acteurs ne sont ni charismatiques, ni attachants, et sur-jouent souvent bêtement sans la moindre nuance. On sait que la barre est haute pour Christopher Tierney, qui doit enfiler les gigantesques chaussures de Patrick Swayze, mais franchement, le jeune homme n’a pas l’étoffe. On ne s’attaque pas ainsi impunément aux valeurs sacrées de la culture populaire!

Les décors aux tons pastel sont d’une ahurissante mièvrerie et on comprend mal certains éléments de scénographie. Lorsqu’on tente des effets où Baby et Johnny se fondent aux projections sur l’écran derrière eux, c’est carrément catastrophique. On devine bien le deuxième degré de ces portions de mise en scène – les spectateurs riaient beaucoup, mardi – mais l’absurde qui s’en dégage ne cadre pas avec le reste. Plusieurs échantillons décalés du genre s’insèrent en gré de parcours, et le résultat n’est que rarement heureux.

On voudrait bien s’émouvoir lorsque les amoureux Baby et Johnny s’enlacent suavement devant leur toile de ciel sombre étoilé, mais on y croit si peu que c’en est plus risible qu’autre chose. Heureusement pour l’équipe sur les planches, le public s’enflamme à la consacrée réplique «Nobody Puts Baby In a Corner» et se répand en claquement de mains sur (I’ve Had) The Time Of My Life qui suit.

Les touches d’humour sont fréquentes mais ne parviennent hélas pas à sauver l’ensemble, qu’une pièce de théâtre d’école secondaire pourrait égaler. On attendait envoûtement, romantisme, tendresse toute juvénile et explosion de souvenirs de Dirty Dancing – The Classic Story On Stage, on a plutôt eu envie de soupirer dix minutes après la lever du rideau, de partir à l’entracte et de lever les yeux au ciel pendant l’ovation debout qui a clôturé la prestation. Laissez vos souvenirs intacts et retournez à Patrick Swayze, ça vaut mieux.

La comédie musicale Dirty Dancing – The Classic Story On Stage est présentée – uniquement en anglais - à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu’au 5 juin.