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31/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Dans l'est rebelle de l'Ukraine, la mode est aux pionniers comme sous l'URSS

Habillés en tenue de camouflage, un calot rouge sur la tête, les écoliers chantent en choeur et discutent de la guerre devant des drapeaux soviétiques dans un musée de Donetsk, dans l'est rebelle de l'Ukraine.

Il s'agit d'une réunion du mouvement de jeunesse "Patriote", une organisation de la république populaire autoproclamée de Donetsk (DNR), largement inspirée du mouvement des "pionniers", cette organisation de la jeunesse communiste qui encadrait les Soviétiques de 10 à 14 ans.

Elizaveta Kozlovskaïa est présente. Cette étudiante de 18 ans aurait bien aimé prendre les armes pour combattre l'armée ukrainienne aux côtés des séparatistes prorusses. Mais sa famille l'en a dissuadée. Alors elle s'est inscrite chez les "Patriotes".

"Si on s'attaque à ma famille avec des armes, je prendrai les armes aussi, je défendrai ma maison", raconte cette jeune fille au visage rond.

Ses parents et son frère ont pourtant, eux, fui les combats et sont partis s'installer en Russie. Elizaveta a, elle, choisi de rester à Donetsk avec sa grand-mère.

"Les jeunes quittent Donetsk. Ils disent que ce n'est pas leur guerre et qu'ils ne veulent pas mourir. Mais c'est ma ville, pourquoi je ne la défendrais pas?", lance-t-elle.

Environ 55 étudiants et écoliers sont inscrits au sein du mouvement "Patriote". La directrice du club, Lioudmila Mikhaleva, ne cache pas son ambition: "éduquer des patriotes, développer le nouveau gouvernement de la DNR".

Les hauts responsables de la "République" autoproclamée, ainsi que des combattants, viennent régulièrement à la rencontre des jeunes.

Durant ces réunions sont évoquées le conflit contre l'armée ukrainienne mais aussi la Seconde Guerre mondiale. Les enfants sont abreuvés de récits patriotiques et les dirigeants du mouvement comparent régulièrement les combattants actuels aux soldats de l'Armée rouge.

En territoire rebelle, la nostalgie de l'URSS est omniprésente: des portraits de Staline sont parfois visibles dans le bureau de responsables prorusses mais aussi par exemple dans le centre de Donetsk, "capitale" des rebelles de l'est de l'Ukraine.

- Projet de 'Zakharovsty' -

Les mouvements de jeunesse ne sont qu'un exemple parmi tant d'autres de cet engouement pour le passé soviétique. En tout, au moins une dizaine d'entre eux existe désormais dans la "République". Lors de la parade du 9 mai, célébrant la victoire sur l'Allemagne nazie en 1945, nombre de parents avaient revêtu leurs enfants de calots rouges, typiques des pionniers soviétiques.

Fin 2015, l'idée avait même été lancée de nommer l'un de ces mouvements "Zakharovsty" en hommage au "président" de la DNR, Alexandre Zakhartchenko.

Mais des voix se sont élevées contre cette idée, y compris celle du principal intéressé. "En aucun cas il ne faut donner mon nom à ce mouvement", avait-il déclaré à l'AFP, tout en appelant à la création de tels mouvements de jeunesse.

Le symbole du mouvement devait être une étoile avec un portrait de profil de M. Zakhartchenko. Une esthétique qui n'était pas sans rappeler celle des badges pionniers à l'effigie de Lénine.

Face à la levée de boucliers, les dirigeants de l'organisation "Jeune République", à l'origine de l'idée, ont fait marche arrière. "On réfléchit à un nom. L'organisation va exister mais on va sûrement l'appeler autrement", a indiqué à l'AFP Sergueï Kondrykinski, un représentant de l'organisation.

Vania Fedko, 15 ans, admet regretter que cette idée de "Zakharovstsy" n'aboutisse pas. "Mon idole c'est Zakhartchenko. Il assume tous les problèmes de la république, il les résout, et c'est très difficile. J'aurais rejoint une telle organisation et j'aurais porté un tel badge", lance le jeune homme, dont le grand-père était lui-même un pionnier.

Un autre élève se montre lui beaucoup plus sceptique. "Je n'aurais pas intégré les Zakharovtsy car il me semble que c'est un retour à l'époque soviétique. Et je ne veux pas y retourner car c'est le siècle passé. C'était un autre système politique, c'était le totalitarisme", explique Nikita Tichtchenko.

Le jeune homme de 18 ans, à l'opinion minoritaire, se dit néanmoins prêt à intégrer un autre mouvement ne jouant pas sur la nostalgie soviétique.

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