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31/05/2016 05:40 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Trois Palestiniens exécutés à Gaza, condamnations de l'ONU et d'ONG

Trois Palestiniens reconnus coupables de meurtre ont été exécutés mardi dans la bande de Gaza contrôlée par le mouvement islamiste Hamas, soulevant les protestations de l'ONU et des défenseurs internationaux et locaux des droits de l'Homme.

Les trois condamnés à mort ont été fusillés dans le secret d'une prison de la ville de Gaza, alors que le procureur Ismaïl Jaber avait plaidé pour que les criminels de droit commun soient exécutés en place publique, un traitement habituellement réservé aux Palestiniens accusés de collaboration avec l'ennemi israélien.

Depuis des jours, plusieurs dirigeants du Hamas, faisant valoir que les familles des victimes le réclamaient, appelaient les autorités judiciaires à exécuter treize hommes actuellement dans le couloir de la mort pour des crimes de droit commun.

Le bureau du procureur général, nommé par le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza depuis son coup de force en 2007, a laissé entendre que les dix autres pourraient être exécutés prochainement.

"Mettre à exécution toutes les décisions judiciaires est un devoir légal pour protéger la société", a prévenu son bureau dans un communiqué en affirmant que "toutes les étapes juridiques" et les "garanties légales des accusés ont été respectées".

- 'Exécutions extra-judiciaires' -

Des assurances qui n'ont pas convaincu les défenseurs des droits de l'Homme.

Le porte-parole du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme Rupert Colville a condamné la mise à exécution des peines capitales alors même qu'il existe "des inquiétudes graves et largement partagées sur le fait que les standards du procès équitable n'ont pas été respectés".

Pour l'ONG Human Rights Watch, "la torture et la contrainte sont habituelles dans le système judiciaire" de Gaza.

Amnesty International a accusé les autorités d'avoir "essayé de justifier ces exécutions en expliquant qu'elles dissuadaient les criminels. Au lieu d'exécuter des gens, elles devraient promouvoir la justice et mener des enquêtes indépendantes sur les abus perpétrés par ses propres forces".

Le Centre palestinien des droits de l'Homme (PCHR), l'une des organisations les plus actives dans les Territoires occupés basée à Gaza, a quant à lui dénoncé des "exécutions extra-judiciaires" et appelé à ce que "ceux qui ont ordonné et exécuté la sentence rendent des comptes".

Car, une fois de plus depuis qu'il a pris le pouvoir à Gaza, le Hamas s'est affranchi de l'accord, indispensable légalement, du président Mahmoud Abbas, basé en Cisjordanie occupée et à couteaux tirés avec le mouvement islamiste.

Les dernières exécutions publiques à Gaza remontent à 2014, en pleine guerre avec Israël, lorsque des hommes du Hamas avaient fusillé six hommes devant la principale mosquée de la ville de Gaza.

- Criminalité, phénomène préoccupant -

Pour la directrice de HRW pour Israël et les Territoires palestiniens, Sari Bashi, si les autorités du Hamas sont passées outre les procédures légales, c'est qu'elles cherchent à "montrer qu'elles agissent face à la montée de la criminalité".

Ce phénomène, devenu une préoccupation de premier plan chez les Gazaouis, est dû, selon les spécialistes, en grande partie au taux de chômage, l'un des plus élevés au monde, et au fait que les jeunes peinent à entrevoir un avenir dans un territoire détruit par des guerres à répétition et soumis depuis dix ans un sévère blocus israélien.

Les défenseurs des droits de l'Homme appellent régulièrement les Palestiniens à abroger la loi qui prévoit la peine capitale pour les collaborateurs, les meurtriers et les trafiquants de drogue. Mais leur campagne rencontre peu de soutien dans les Territoires occupés.

"Gaza est une société tribale où l'idée de vengeance, pour des raisons tribales ou familiales, est prégnante", dit le politologue gazaoui Moukhaïmer Abou Saada à l'AFP.

"Personne n'est contre la peine de mort quand il s'agit de criminels", assure à l'AFP Nahed al-Louh, la soixantaine, assis dans un café de Gaza. "Quiconque tue doit être tué, pour l'exemple".

En revanche, Amine Abed, 25 ans, estime que la procédure n'a pas été respectée. "Sans l'accord du président, c'est illégal".

Selon le PCHR, plus de 170 Palestiniens ont été condamnés à mort depuis la création en 1994 de l'Autorité palestinienne. Une trentaine ont été exécutés, en grande majorité à Gaza. Les deux tiers sans l'accord de M. Abbas.

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