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31/05/2016 07:24 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Les promesses de Rajoy enflamment la campagne électorale en Espagne

L'opposition a tiré à boulets rouges mardi contre le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, qui fait campagne pour les élections législatives en promettant des baisses d'impôts aux Espagnols et la rigueur fiscale à la Commission européenne.

Menacé d'une amende sans précédent de la Commission européenne pour avoir laissé filer le déficit public en 2015, le chef du gouvernement envisage de nouvelles baisses d'impôts s'il est reconduit au pouvoir après les élections du 26 juin.

Pedro Sanchez, secrétaire général Parti socialiste (PSOE), seconde force du pays, a accusé le chef du gouvernement de "mentir" parce que la situation de l'Espagne ne permet pas d'alléger la fiscalité. "Il va de nouveau rouler les Espagnols', a déclaré M. Sanchez, qui prévoit lui d'augmenter les impôts pour équilibrer le budget.

"Une nouvelle baisse d'impôts est un danger pour l'équilibre des services publics et nous voue à de futures coupes budgétaires", déclare pour sa part Nacho Alvarez, l'économiste du parti anti-austérité Podemos, dans le journal El Pais.

Podemos, qui dépasse le PSOE dans les intentions de vote depuis son alliance avec les écolo-communistes de Izquierda Unida, veut aussi augmenter les dépenses sociales et les impôts.

Quant au chef du petit parti libéral Ciudadanos, Albert Rivera, il a conseillé à M. Rajoy "de ne pas faire de promesses qu'il ne pourra pas tenir". Et il l'a accusé d'avoir laissé un trou dans les caisses par sa mauvaise gestion.

La gestion de l'économie est pourtant le principal argument de campagne du Parti Populaire (PP) de M. Rajoy, vainqueur de justesse des élections de décembre mais incapable ensuite de trouver des partenaires de gouvernement.

Ni les socialistes ni les libéraux n'ont voulu faire équipe avec un parti à l'image ternie par les affaires de corruption et une dure austérité budgétaire. Aucune autre coalition n'ayant été possible, les Espagnols devront retourner aux urnes fin juin.

M. Rajoy promet de continuer à réduire le chômage. Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, il l'a ramené de 27% à en dessous de 21%. L'économie a redémarre en 2013 et a cru à un rythme annuel de 3,2% en 2015, très supérieur à la moyenne européenne.

Mais l'Espagne n'est pas pour autant un bon élève de l'Union européenne. Malgré la croissance, son déficit public s'est envolé en 2015, atteignant 5,1% du PIB alors que la Commission européenne lui avait fixé un objectif de 4,2%. Le taux de chômage reste le deuxième le plus élevé de l'Union européenne après celui de la Grèce.

La Commission ne décidera qu'en juillet, après les élections, si elle inflige à Madrid une amende pour déficit excessif. Entretemps M. Rajoy s'est engagé envers Bruxelles, dans une lettre rendue publique par le journal El Pais, à prendre les mesures nécessaires pour réduire le déficit.

Mais c'est lui même qui a réduit les rentrées fiscales en avançant de 2016 à 2015, avant les élections, une baisse des taux de l'impôt sur le revenu prévue pour 2016. Parallèlement les baisses des salaires favorisées par sa reforme du travail ont réduit les cotisations à la sécurité sociale, aggravant son déficit. Et la majorité des régions, responsables de la santé et de l'éducation, ont été incapables de réduire leurs dépenses.

Le PP n'en soutient pas moins qu'une nouvelle baisse des impôts augmenterait la consommation qui soutiendrait la création d'emploi et la reprise.

"L'objectif de réduction du déficit est parfaitement ajustable et compatible avec la réduction de l'impôt sur le revenu", a déclaré le ministre de l'Economie, Luis de Guindos.

"Arrêtons de vendre du vent, Podemos est là pour ça", a ironisé Albert Rivera.

Tous les sondages prédisent jusqu'à présent le même résultat que lors du scrutin de décembre: le PP en tête, devant le PSOE et Podemos au coude à coude, avec Ciudadanos en quatrième position.

Aucun parti n'envisageant de nouvelles alliances, beaucoup d'analystes prévoient cette fois que les socialistes et les libéraux devront laisser les conservateurs former un gouvernement minoritaire.

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