NOUVELLES
31/05/2016 08:20 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Les députés allemands veulent reconnaître le génocide arménien, courroux à Ankara

Les députés allemands doivent adopter jeudi une résolution reconnaissant le génocide arménien, un texte qui suscite les vives critiques du président turc, Recep Tayyip Erdogan, dans un contexte de relations déjà tendues avec Berlin.

Ce débat intervient en pleine dispute sur l'application d'un accord controversé avec l'Union européenne, porté par Berlin, qui a permis de réduire considérablement l'afflux de migrants en Europe mais que M. Erdogan menace de ne plus appliquer.

Le projet de résolution parlementaire allemande intitulé "Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d'autres minorités chrétiennes il y a 101 ans" est proposé par les groupes parlementaires de la majorité - les conservateurs de la CDU/CSU et le SPD - ainsi que par celui des Verts, formation de l'opposition. Il a toutes les chances d'être adopté.

Dans ce texte que l'AFP a pu consulter, le Bundestag, chambre basse du Parlement allemand, "déplore les actes commis par le gouvernement Jeune Turc de l'époque, qui ont conduit à l'extermination quasi-totale des Arméniens".

Le Bundestag regrette aussi "le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l'empire ottoman (...) n'a rien entrepris pour stopper ce crime contre l'Humanité".

- 'Mensonges arméniens' -

L'an dernier, à l'occasion du centenaire de ces évènements, le président allemand Joachim Gauck avait, le premier, utilisé le terme de "génocide" pour qualifier ces massacres perpétrés par les Turcs ottomans, qui ont fait, selon les Arméniens, 1,5 million de victimes entre 1915 et 1917.

Cette première reconnaissance officielle du génocide en Allemagne avait provoqué la colère d'Ankara, le président turc accusant M. Gauck "de soutenir les revendications basées sur les mensonges arméniens".

Ankara récuse le terme de génocide et évoque pour sa part une guerre civile en Anatolie, doublée d'une famine, dans laquelle 300 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

M. Erdogan a téléphoné à Mme Merkel pour lui faire part de ses "inquiétudes" et en appeler au "bon sens" des Allemands.

"Si ce texte est voté et que l'Allemagne tombe dans ce piège (...) cela pourrait détériorer toutes nos relations avec l'Allemagne où vivent trois millions de Turcs et qui est notre alliée dans l'Otan ", a-t-il souligné, alors que Mme Merkel pourrait elle-même participer au vote.

L'initiative du Bundestag, nouvelle étape dans la reconnaissance du génocide, intervient au moment où les relations germano-turques sont déjà minées par diverses sources de tension.

L'application de l'accord avec l'UE sur les migrants est remise en cause par Ankara qui souhaite obtenir l'exemption promise de visas Schengen pour ses concitoyens sans réformer sa loi antiterroriste comme l'exigent en retour, parmi d'autres conditions, les Européens.

La chancelière a aussi exprimé le 23 mai sa "préoccupation" après l'adoption d'une réforme exposant des dizaines de députés d'opposition à des poursuites judiciaires.

Ces désaccords s'ajoutent à une polémique provoquée par un poème satirique insultant M. Erdogan, imaginé par un humoriste allemand, et qui a pollué au printemps les relations germano-turques jusqu'à ce que Mme Merkel autorise des poursuites contre l'auteur de la satire.

- Sauvegarder les relations -

La résolution sur le génocide arménien inquiète certains responsables allemands, jusqu'au ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui a fait voeu de sauvegarder les relations.

Au lieu de la "controverse facile et attendue" que provoque selon lui la résolution, "ce qui serait nécessaire et urgent, ce serait un travail de mémoire" dans les deux pays, a-t-il souligné mardi devant des journalistes étrangers.

Enfin, selon la communauté des Kurdes d'Allemagne (KGD) "le lobby turc" -- notamment l'ambassade de Turquie en Allemagne et la branche internationale de l'AKP, le parti d'Erdogan -- s'est efforcé de faire pression sur les élus allemands.

Cem Özdemir, président d'origine turque des Verts allemands, a confié à la télévision publique faire l'objet d'intimidations et de menaces sur les réseaux sociaux en raison de son soutien au texte.

"Ce sont toujours les mêmes expressions: traître, cochon d'Arménien, fils de p..., terroriste et même nazi", a-t-il raconté.

Du côté d'Erevan, c'est en revanche la satisfaction. "La reconnaissance du génocide arménien est importante pour prévenir d'autres génocides dans le futur", a souligné le porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères, Tigran Balayan, interrogé par l'AFP.

elr/alf/lpt