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31/05/2016 06:19 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Irak: craintes d'une résistance longue et acharnée de l'EI à Fallouja

Le groupe jihadiste Etat islamique soumis à un siège quasi-hermétique à Fallouja en Irak est condamné à se battre contre les forces gouvernementales qui cherchent à reprendre la ville, les commandants irakiens prédisant une résistance longue et farouche contrairement aux précédentes batailles.

Après la reprise à l'organisation Etat islamique (EI) des villes de Ramadi et Tikrit l'année dernière, les forces gouvernementales avaient dû progresser sur des routes truffées d'engins explosifs, mais les jihadistes s'étaient au moins enfuis avant leur arrivée dans le centre-ville.

A Fallouja, la plupart des hauts commandants de l'EI auraient fui la ville, mais les troupes irakiennes s'attendent à une résistance d'un nombre important de jihadistes, pris désormais au piège du siège.

Les estimations varient mais environ 1.000 d'entre eux y seraient retranchés et cachés dans des tunnels.

Alors que le service d'élite du contre-terrorisme (CTS) a donné dimanche l'assaut sur cette cité de la province d'Al-Anbar, les différentes forces qui mènent l'offensive depuis huit jours assiègent complètement Fallouja.

Lundi, les forces des Hached al-Chaabi (Mobilisation populaire) --constituées principalement de milices chiites proches de l'Iran-- ont coupé la route reliant Fallouja à Jazirat al-Khaldiya, une zone plus à l'ouest à travers laquelle l'EI transite pour rejoindre d'autres de ses bastions dans le pays.

"Cette fois c'est différent (...) parce qu'ils (les jihadistes) n'ont plus de routes pour s'approvisionner ou pour fuir", a indiqué Mohamed Salem, un haut responsable des Hached al-Chaabi prenant part à l'opération près de Saqlawiya.

"La bataille pourrait cependant s'éterniser", prédit-il.

De retour de la ligne de front et recouvert d'une poussière jaunâtre, Saif Salem, un combattant d'une milice chiite affirme que la seule option qu'il reste aux jihadistes à ce stade est "une résistance suicide".

"Notre moral est solide et le leur fragile", soutient ce combattant originaire de Najaf, une ville au sud de Bagdad.

Début mai, deux hauts commandants de l'EI --le chef de la province d'Al-Anbar et celui de Fallouja-- ont été tués par des frappes aériennes de la coalition antijihadistes dirigée par les Etats-Unis.

- 'Moral au plus bas' -

Un habitant de Fallouja contacté par téléphone a affirmé à l'AFP qu'un vent de panique se propageait parmi les combattants de l'EI, soupçonnés d'utiliser les civils, dont de jeunes garçons, comme bouclier humain.

Mais pour David Witty, un colonel des forces spéciales américaines à la retraite, la résistance des jihadistes à Fallouja sera encore plus féroce qu'elle ne l'a été dans d'autres batailles.

"Après tout, cet endroit a été le symbole depuis 2004 de la résistance sunnite aux Américains et au gouvernement de Bagdad" dirigé par des chiites depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

"Si l'EI n'est pas capable de garder (Fallouja), cela représenterait un sérieux revers psychologique pour l'organisation", a estimé M. Witty, également ancien conseiller pour le CTS.

En novembre 2004, l'offensive des Etats-Unis pour reprendre Fallouja, considérée alors comme le principal bastion d'Al-Qaïda en Irak, s'était transformée en la bataille la plus meurtrière pour l'armée américaine depuis la guerre du Vietnam.

Il avait fallu plus de 10.000 soldats américains et des armes de la plus haute technologie pour reprendre le dessus au bout de six semaines.

Alors que l'EI a perdu des zones autour de Fallouja et ailleurs dans la province d'Al-Anbar au cours des dernières semaines, certains jihadistes se sont regroupés dans leur bastion.

Yahya Rassoul, porte-parole du commandement des opérations conjointes chargé de la lutte contre l'EI, ne croit pas que les jihadistes veulent ou sont capables d'un acte héroïque cette fois. La présence d'environ 50.000 civils dans la ville pourrait également prolonger la bataille, a-t-il ajouté.

"Daech n'est pas vraiment fort", a-t-il affirmé à l'AFP, utilisant l'acronyme en arabe de l'EI. "Leur moral est au plus bas et notre priorité au sein des forces armées est de préserver la vie des civils et l'infrastructure de la ville".

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