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31/05/2016 11:20 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

France: le gouvernement veut éviter l'embrasement social

A dix jours de l'Euro 2016 de football, le gouvernement français tente d'éviter qu'une grève dans les transports n'ajoute au désordre né de trois mois de fronde contre une réforme du droit du travail.

Pour la huitième fois depuis début mars, les employés de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), transporteur officiel de l'Euro, ont entamé une grève mardi soir, cette fois-ci pour une durée illimitée.

Le trafic semblait peu perturbé sur les grandes lignes, davantage pour les courts trajets. De nombreux trains étaient ainsi supprimés au départ de Paris pour la banlieue.

A Marseille (sud), Jean, retraité depuis un an, s'est "rabattu sur un car" pour rentrer à Montpellier avec son fils. "Prenant son mal en patience", il a précisé "soutenir de plein coeur le mouvement".

Selon la SNCF, les perturbations se feront surtout sentir mercredi, sans paralyser le réseau. 60% des Trains à grande vitesse (TGV), 30 à 40% des trains régionaux devaient circuler.

A l'international, la SNCF prévoyait un trafic normal sur Eurostar (Royaume-Uni) et Alleo (Allemagne), 75% des Lyria (Suisse) et Thalys et seulement 40% des Ellipsos (Espagne) et un tiers des trains SVI (Italie).

Centré sur le temps de travail des cheminots, ce conflit n'est pas directement lié à la fronde animée par les syndicats contestataires contre la réforme du code du travail défendue par le gouvernement.

Soucieux d'apaiser ce foyer secondaire, l'exécutif a fait pression pour faire aboutir les négociations entre les cheminots et la direction de la SNCF.

Selon le syndicat réformateur CFDT, il a véritablement "forcé la main de l'entreprise" notamment pour obtenir le maintien des règles actuelles sur le repos hebdomadaire des conducteurs.

Toujours pour éviter l'embrasement social, le gouvernement a annoncé une revalorisation du salaire des enseignants. La veille, il avait sauvegardé des crédits pour la recherche.

"Noël est en mai", a ironisé le président du Sénat Gérard Larcher (droite), tandis que le quotidien Le Monde titrait "le gouvernement cherche la paix sociale".

Le gouvernement essaie-t-il de prévenir tout autre front en donnant satisfaction à des revendications catégorielles ? "Je ne nie pas qu'il y ait un contexte mais l'idée d'un troc, non !", a déclaré le Premier ministre Manuel Valls dans un échange avec la presse.

- ' Pas d'attentat' -

L'exécutif a réaffirmé en revanche son refus de céder sur la réforme du droit du travail. "Reculer serait une faute politique", selon Manuel Valls. "Si on abandonne, si on cède", c'est acter "au fond que le blocage paie", fait valoir son entourage.

Le projet "ne sera pas retiré", a aussi réaffirmé le président François Hollande.

Pour l'exécutif, à l'impopularité record, la loi, en cours de discussion au Parlement, doit permettre d'adapter les règles du travail à la réalité de l'entreprise et favoriser ainsi la lutte contre un chômage endémique (10%).

Estimant qu'elle va accroître la précarité des salariés, ses détracteurs continuent de réclamer le retrait pur et simple du texte et ont programmé une nouvelle journée de manifestations pour le 14 juin.

En attendant, les syndicats contestataires CGT et FO, majoritaires à eux deux, mobilisent leurs militants dans tous les secteurs.

La grève, entamée il y a près de deux semaines, se poursuivait mardi dans les raffineries, mais l'industrie pétrolière a constaté "une très nette amélioration" de l'approvisionnement des stations services.

La CGT a également appelé à la grève dans le métro et les transports publics parisiens à partir de jeudi. Selon des estimations de la direction, les perturbations devraient toutefois être très légères. D'autres actions ont lieu dans le secteur des déchets ou des aéroports.

Le Medef, principale organisation patronale, dont le président s'est attiré les foudres de la CGT en comparant ses militants à des "terroristes", a surenchéri mardi, appelant les entreprises touchées par les blocages à porter plainte pour "délit d'entrave à la liberté du travail".

Disant connaître "trop bien la France pour être surpris par la réaction" suscitée par le projet de réforme, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a jugé mardi qu'il ne s'agissait pourtant pas "d'un attentat contre le droit du travail".

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