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31/05/2016 02:38 EDT | Actualisé 01/06/2017 01:12 EDT

Euro-2000 - Trezeguet: "Toldo d'un côté, le ballon de l'autre. Rien à dire, le but est magnifique"

"Toldo d'un côté, le ballon de l'autre. Il n'y a rien à dire, le but est magnifique." Dans un entretien avec l'AFP, David Trezeguet se rappelle comment il a offert l'Euro-2000 aux Bleus grâce à un mémorable but en or.

QUESTION: Comment était l'équipe de France avant cet Euro?

REPONSE: "On était très bien. On avait une idée très claire: celle de gagner à tout prix et d'enchaîner après 1998. On avait l'envie, on avait les qualités et on a montré qu'on était les plus forts".

Q: Mais le tournoi n'a pas été simple...

R: "Non, ça n'a pas été facile. Contre le Danemark et les Tchèques, même contre les Pays-Bas malgré la défaite, on a montré qu'on était très forts. Après, c'est un autre tournoi qui commence. L'Espagne et le Portugal, ça a été deux matchs très durs mais on s'en est sortis. Mais au total, le match le plus dur, c'est l'Italie."

Q: Qu'est-ce qui rend cette finale si difficile?

R: "Un match contre l'Italie, c'est différent. C'est le derby, le clasico, surtout à cette époque où beaucoup de nos joueurs étaient en Italie. C'est une rivalité sportive de très haut niveau. On savait qu'on allait trouver une équipe bien organisée, qui s'accroche, parfaitement en place tactiquement. Et on prend ce but de Delvecchio. Quand l'Italie a la chance d'ouvrir le score, c'est compliqué de trouver des solutions. Mais le coach a fait entrer Pires, Wiltord et moi et c'est nous qui avons débloqué la situation."

Q: Que vous demande le sélectionneur Roger Lemerre quand vous entrez?

R: "Les consignes étaient simples: attaquer plus et essayer de débloquer la situation. On était une équipe plutôt technique, le ballon dans les pieds etc... Et puis finalement, l'égalisation c'est un dégagement de Barthez, ma déviation de la tête et la frappe de Wiltord. Parfois, il faut savoir trouver d'autres solutions."

Q: Pouvez-vous raconter votre but?

R: "Les Italiens sont balle au pied. Cannavaro, Albertini. Ils perdent le ballon. Robert (Pires) est frais et il fait une action en vitesse. Il élimine deux ou trois Italiens et va jusqu'au bout. Ensuite il met un centre, pas évident d'ailleurs. Le ballon n'est peut-être pas très bien placé, mais moi j'essaie de m'écarter de la cage et sans trop réfléchir, je mets une belle frappe. Plus le temps passe et plus on voit la beauté du geste. Corps bien placé, pied gauche alors que je suis droitier, Toldo d'un côté et le ballon de l'autre. Il n'y a rien à dire, le but est magnifique."

Q: On vous voit faire un petit pas en arrière avant de frapper...

R: "Oui, je bloque. C'est l'instinct. Je vois que Robert (Pires) va jusqu'au bout, qu'il n'est pas bien placé, sur son mauvais pied. Donc je dois me rendre disponible justement par rapport à sa difficulté à centrer. En plus, les Italiens, eux, continuent à aller vers le but. En fait je me place pour être au mieux par rapport au but. Souvent, on dit qu'il faut attaquer le but, mais parfois il faut être plus intelligent et trouver un meilleur placement."

Q: C'est un but qui compte dans une carrière...

R: "Ca reste mon but le plus important, bien sûr. C'est le souvenir le plus beau, le plus fort. Il y a beaucoup de choses qui font que c'est un but à part. Au début, on ne fait pas attention mais après on se rend compte que c'est top. Même si je quitte la France juste après, je le sens. Je sens l'amour de tout un pays."

Q: Vous arrivez à la Juventus Turin juste après l'Euro. Comment cela s'est-il passé?

R: "J'ai signé une semaine avant ce but, juste avant la demi-finale contre le Portugal. Avec les coéquipiers ça s'est très bien passé. J'étais conscient de leur douleur et ensuite j'ai vécu le cas contraire en 2006 et ça a été avec le plus grand respect de mes coéquipiers. Mais ça a été plus difficile dans l'ambiance italienne. Les premiers mois n'ont pas été faciles. On sait la passion des Italiens pour le foot, leur équipe et leur pays. Mais ça fait partie de la vie d'un professionnel. Le temps a fait qu'une histoire très importante s'est ensuite construite pour moi dans un club très populaire."

Propos recueillis par Stanislas TOUCHOT

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