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30/05/2016 02:59 EDT | Actualisé 30/05/2016 03:35 EDT

S'endetter pour payer le CHSLD

Radio-Canada

Neil Batterton ne sait pas comment il va assumer les frais d'hébergement de sa conjointe atteinte d'Alzheimer, admise dans un CHSLD au mois de mars. La facture dépasse les 1800 $ par mois. L'homme de 71 ans dénonce le programme d'aide de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), encore encadré par des critères établis il y a plus de trente ans.

Un texte d' Olivier Lemieux

« C'est un non-sens. Je ne comprends pas que personne ne voit ça. M. Barrette [le ministre de la Santé] devrait s'apercevoir que ça n'a pas d'allure », s'insurge Neil Batterton, assis devant une pile de factures et de documents étalés sur sa table de cuisine.

Pour être admissible à l'aide de la RAMQ, un couple ne peut posséder plus de 2500 $ en actifs et en placements. Neil Batterton a dû se résoudre à retirer ses REER pour être admissible à cette aide.

«Ils me forcent à m'appauvrir. Je n'ai pas le choix. À un moment donné, je n'aurai plus d'argent et je vais vivre aux crochets de la société.» - Neil Batterton

En attendant que sa demande soit traitée, Neil Batterton a emprunté la somme qu'il doit au CHSLD à des proches. Même s'il finit par obtenir du soutien du gouvernement, le septuagénaire croit qu'il n'aura pas le choix de vendre sa maison du secteur de Beauport pour payer les coûts de l'hébergement de sa conjointe.

« Les gens qui sont en prison, ça ne leur coûte rien, déplore-t-il. Moi, ma femme est comme en prison parce qu'elle est malade. Ce n'est pas de sa faute, il faut qu'elle soit là [dans un CHSLD]. C'est étrange. »

Hébergement en établissement public

  • Chambre individuelle : 1811,40
  • Chambre à 2 lits : 1514,40
  • Chambre à 3 lits ou plus : 1125,90

Source : gouvernement du Québec

L'AQDR indignée

L'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) affirme que le cas de Neil Batterton n'est pas unique.

Depuis des années, elle multiplie les représentations auprès du ministère de la Santé pour moderniser le programme d'assistance de la RAMQ en matière d'hébergement public.

En 2014, le protecteur du citoyen, dans un mémoire présenté à la Commission de la santé et des services sociaux, relevait que la réglementation actuelle « entraîne de plus en plus d'iniquités dans son application » et que « l'approche en place ne tient pas suffisamment compte des aspects humains ».

Judith Gagnon, présidente de l'AQDR, croit que les fonctionnaires de la RAMQ vivent dans une autre époque.

« Il faut que la personne ait moins de 2500 $ en liquidité, dénonce-t-elle. Ce montant-là a été établi en 1983. Ce n'est pas correct. Il faut que ce montant-là soit rehaussé. »

Mme Gagnon plaide aussi pour un programme plus généreux, qui tiendrait compte de la valeur du marché immobilier d'aujourd'hui.

«Il y a tout un ménage à faire. Il faut revenir en 2016.» - Judith Gagnon, présidente de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)

Un deuil à faire

En attendant le jugement des fonctionnaires, Neil Batterton se rend auprès de sa Mireille tous les jours, au CHSLD. « Elle est bien. Son état ne lui permet pas de comprendre nos problèmes financiers. C'est mieux comme ça. »

De retour chez lui, il entretient avec un soin jaloux les plates-bandes de la cour, autrefois la chasse gardée de sa femme. « Je le fais par respect pour mon épouse », dit-il.

L'homme s'accroche aux petits moments de lucidité de sa conjointe, Mireille, ces instants fuyants où elle le reconnaît. « Un p'tit sourire, des fois elle me donne un bec. Ça vaut de l'or. Je sais qu'elle est contente et qu'elle m'aime. »

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