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27/05/2016 10:40 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Prix Albert Londres 2016: Claire Meynial et le duo Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver

La journaliste du Point Claire Meynial, en presse écrite, et le duo Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver, dans la catégorie audiovisuel, ont remporté le Prix Albert Londres 2016, a annoncé vendredi à Londres le jury de la plus prestigieuse récompense du journalisme francophone.

Claire Meynial, spécialiste de l'Afrique au service international du Point, où elle est journaliste depuis 2002, a été récompensée pour une série d'articles sur les migrants d'Afrique de l'ouest et la route périlleuse de l'exil et sur l'épidémie d'Ebola au Nigeria, a expliqué le jury réuni pour la première fois dans la capitale britannique, où il a rencontré Julian Assange.

Le reportage de la journaliste de 39 ans, "au-delà de ses qualités d'écriture et de rigueur d'enquête, accroche le lecteur par son humanité et son empathie pour les victimes", a souligné le jury du Prix Albert Londres.

"Chaque mois ils sont des dizaines de milliers de personnes à risquer leur vies sur des pick-ups pour traverser le Sahara vers la Libye, puis sur des canots à peine bons pour traverser une piscine", a déclaré Claire Meynial lors de la remise des prix à la résidence de l'ambassadeur de France à Londres.

"Ce sont ces bras et ces cerveaux qui vont cruellement manquer au continent africain", a-t-elle ajouté, évoquant aussi les cadavres des réfugiés en Méditerranée qui font régulièrement l'actualité.

De leur côté, Sophie Nivelle-Cardinale, 37 ans, et Etienne Huver, 40 ans, ont été récompensés pour leur reportage "Disparus, la guerre invisible de Syrie", une production de What's up films diffusée sur la chaîne ARTE.

"Leur film, terrible par la force des témoignages de victimes de Bachar al-Assad et d'un ancien bourreau du régime, restera comme un document précieux pour l'Histoire", a estimé le jury Albert Londres.

"Ce film raconte une machine de mort en cours et qui dure depuis cinq ans", a souligné la lauréate Sophie Nivelle-Cardinale, rappelant que plus de 200.000 personnes ont disparu dans les geôles du régime syrien.

"Grâce à ce prix, cette histoire va recevoir un nouvel écho (...), on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas", a-t-elle poursuivi.

Sophie Nivelle-Cardinale travaille pour ARTE depuis 2004 et collabore également avec France 24 depuis 2014. Etienne Huver, journaliste indépendant, a réalisé des documentaires et reportages pour ARTE, la RTBF et France 2 notamment.

"C'est le prix des grands reporters, ceux qui vont sur le terrain, à la rencontre des autres", a rappelé la journaliste du Monde Annick Cojean, présidente du jury.

- Soutien aux lanceurs d'alerte -

Après Bruxelles l'an dernier, l'association du Prix Albert Londres a choisi cette année de se réunir dans la capitale britannique, dont "Albert Londres a arpenté les rues à plusieurs reprises", a commenté Annick Cojean.

Mais l'association avait surtout choisi Londres pour marquer son intérêt pour le référendum sur l'appartenance à l'Union européenne (23 juin) et pour évoquer avec Julian Assange le travail des lanceurs d'alerte et leurs relations avec les journalistes.

"Nous voulons montrer que les journalistes soutiennent les lanceurs d'alerte", avait déclaré avant la remise des prix un porte-parole du prix à l'AFP, dénonçant la directive sur "le secret des affaires" votée le mois dernier par le Parlement européen.

"Le secret des affaires doit exister mais il ne peut pas servir de prétexte pour protéger les multinationales, entraver le droit à l'information, contrarier le devoir des journalistes de faire des enquêtes", a affirmé Annick Cojean vendredi.

Selon certaines ONG, journalistes, lanceurs d'alerte et syndicalistes, cette directive destinée à protéger les entreprises contre l'espionnage industriel est de nature à intimider les lanceurs d'alerte car elle fait porter sur eux, et non sur les entreprises, la charge de la preuve.

Une délégation de l'Association a rencontré Julian Assange jeudi soir à l'ambassade d'Équateur où il est reclus depuis 2012 à la suite d'un mandat d'arrêt européen émis par la Suède contre lui pour viol. Le fondateur de Wikileaks, qui nie les faits, affirme craindre d'être extradé aux États-Unis s'il se rend à la justice suédoise pour avoir diffusé à partir de novembre 2010 plus de 250.000 câbles diplomatiques révélant les dessous de la diplomatie américaine.

Créé en 1933 en hommage au journaliste français Albert Londres (1884-1932), père du grand reportage moderne, le prix récompense chaque année le meilleur reporter de presse écrite et, depuis 1985, le meilleur reporter audiovisuel.

Les lauréats reçoivent chacun 3.000 euros.

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