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27/05/2016 06:29 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Poutine retrouve l'UE avec une visite dans une Grèce conciliante

Le président russe Vladimir Poutine est arrivé vendredi pour une visite de deux jours en Grèce, la première depuis 2007, à un mois de la décision de l'UE de renouveler ou non ses sanctions contre Moscou.

M. Poutine, arrivé peu avant 14h00 GMT, avec près d'une heure et demie de retard, a été accueilli à l'aéroport par le ministre de la Défense grec Panos Kammenos.

Sa visite s'inscrit dans le cadre de l'année Russie-Grèce organisée par les deux pays et intervient à l'occasion des cérémonies de célébration du millième anniversaire de la présence russe dans la communauté religieuse du mont Athos, au nord de la Grèce, un des hauts lieux de la religion orthodoxe commune aux deux pays.

Le président russe s'était rendu à Paris fin 2015 pour la COP 21, mais cette visite à Athènes est la première bilatérale dans un pays de l'UE depuis février 2015, quand il s'était rendu en Hongrie.

Elle se déroule alors que les relations restent tendues avec l'Union depuis le début du conflit en Ukraine en 2014, avec l'instauration par l'UE de sanctions commerciales toujours en vigueur.

Moscou a menacé vendredi l'UE de prolonger jusqu'à la fin 2017 son embargo alimentaire décrété en rétorsion, très douloureux pour les agriculteurs européens.

Fin juin, l'UE doit prendre la décision de renouveler ou non les sanctions touchant les banques, les secteurs de la défense et de l'énergie.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a reconnu jeudi que la reconduction serait "plus difficile" cette année, à cause de la "résistance accrue" de certains pays, l'Italie et la Hongrie ayant notamment émis des réserves.

La Grèce d'Alexis Tsipras a certes d'excellentes relations avec Moscou : le gouvernement arrivé au pouvoir en janvier 2015 avait critiqué les sanctions, M. Tsipras s'était rendu deux fois à Moscou en quelques mois, et avait émis l'idée de demander à la Russie de l'argent si ses créanciers européens cessaient de lui en donner.

Mais jusqu'à maintenant, Athènes, qui continue à jouer une partie serrée avec ces créanciers, ne s'est jamais aventuré à ne pas s'associer au vote général sur la prolongation de ces sanctions.

Pour l'analyste Alexander Kokcharov, de IHS Country Risk, "les relations Russie-UE seront au programme" et "Poutine tentera certainement d'influencer la Grèce" pour qu'elle ne soutienne pas la poursuite des sanctions. Mais celle-ci "n'ira sans doute pas contre le consensus de l'UE".

- Main tendue -

Jeudi, dans une interview au quotidien grec Kathimerini, M. Poutine a joué la main tendue à l'UE, réitérant que celle-ci avait besoin de la Russie pour continuer à avoir du poids sur la scène internationale.

"Une position solide pour le Vieux continent dans la nouvelle réalité internationale ne peut être obtenue qu'en combinant les capacités de tous les pays européens, y compris la Russie", a-t-il ainsi déclaré, tout en estimant que les relations entre l'UE et la Russie "ne connaissent pas de problème qui ne puisse être résolu".

La visite du président russe devrait être "fructueuse" en termes bilatéraux, avançait vendredi sur la télé Skaï Ioannis Mazis, professeur de géopolitique à l'Université nationale d'Athènes.

Notamment, selon ce spécialiste, parce que "la Russie a besoin de s'aligner sur la Chine qui est en train de s'acheter un véritable collier de perles de ports" européens, dont celui grec du Pirée.

Dans l'interview à Kathimerini, M. Poutine évoque en effet l'intérêt de son pays à participer à des offres sur les chemins de fer grecs et le port de Thessalonique (nord du pays), porte d'entrée majeure vers les Balkans.

Moscou, remarque Ioannis Mazis, est aussi toujours désireux de trouver des routes alternatives à l'Ukraine pour son gaz, et la Grèce pourrait constituer un partenaire de choix en la matière. Les PDG des deux géants russes du gaz et du pétrole, Gazprom et Rosneft, figureront d'ailleurs dans la délégation.

Il devrait aussi être question de la création de coentreprises russo-grecques en matière d'agriculture, ce qui pourrait rouvrir le marché russe aux fruits et légumes grecs.

Raffermir les bonnes relations avec la Russie est économiquement indispensable pour Athènes, a estimé vendredi dans le quotidien pro-gouvernemental Avghi Dimitris Velanis, conseiller d'Alexis Tsipras sur la Russie : "le gouvernement grec fait tout pour relancer la croissance, et nous pensons que la Russie est partie prenante à cette croissance", a-t-il estimé.

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