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27/05/2016 05:28 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Nouvel afflux massif de migrants cette semaine en Méditerranée

Avec un nouvel afflux massif de migrants, un naufrage meurtrier en direct et même une naissance en mer, la Méditerranée a connu cette semaine un condensé de ses dernières années.

Depuis lundi matin, les messages d'alerte se succèdent sur les radios de l'armada de navires militaires, humanitaires et commerciaux qui croisent au large de la Libye: plus de 10.000 migrants secourus en quatre jours, du jamais vu selon des secouristes, et encore au moins une quinzaine d'embarcations de fortune signalées vendredi...

"C'est exceptionnel, on est presque au niveau des îles grecques l'année dernière", quand des milliers de migrants arrivaient chaque jour via la Turquie, reconnaît Flavio di Giacomo, porte-parole en Italie de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Même si l'ampleur de cette vague est probablement due avant tout au temps clément, l'OIM a été surprise de voir arriver de Libye des bateaux de pêche chargés de centaines de personnes, alors que depuis l'automne les passeurs libyens n'envoyaient quasiment plus que des canots pneumatiques avec 100 à 140 personnes à bord.

Mercredi, les images transmises par la marine italienne du chavirage de l'une de ces embarcations en bois ont fait le tour du monde. La marine italienne a réussi à sauver plus de 550 personnes, dont 48 femmes et 35 enfants, mais elle a aussi repêcher cinq corps et les récits des survivants laissent redouter jusqu'à une centaine de disparus.

- Détresse des survivants -

Une équipe de psychologues et de médiateurs culturels de Médecins sans frontières (MSF) a été marquée par la détresse de ces survivants à leur arrivée jeudi à Porto Empedocle, dans le sud de la Sicile.

"L'objectif était de proposer un soutien et d'essayer d'identifier les personnes les plus vulnérables, ceux qui ont perdu un proche dans le naufrage. Mais ils ont presque tous perdu un ou plusieurs proches", a expliqué à l'AFP Andrea Anselmi, chef de projet MSF en Sicile.

Ainsi, un groupe de neuf jeunes Soudanais a expliqué qu'ils étaient 19 au départ. Et si les femmes et les enfants, toujours évacués en premier dans la mesure du possible, étaient déjà en sûreté au moment du chavirage, plusieurs se retrouvent veuves ou orphelins.

"Il y a vraiment une dimension incroyable à cet événement. Nous le ressentons fortement", a ajouté M. Anselmi, expliquant que l'équipe avait "travaillé à aider ces personnes à digérer le fait d'avoir vu quelqu'un mourir sous leur yeux".

La ministre italienne de la Défense, Roberta Pinotti, était aussi jeudi à Porto Empedocle pour remercier la marine: "Cela a été une opération épique, parce que sauver tant de vies en mer nécessite une organisation incroyable".

Dans le même temps, des dizaines de familles ont proposé d'adopter Favour, neuf mois, arrivée orpheline sur l'île italienne de Lampedusa après un autre naufrage, tandis que beaucoup ont été émus par le petit Destiné Alex, né mercredi sur le navire humanitaire Aquarius, qui avait recueilli sa mère.

Mais des voix s'élèvent aussi en Italie contre ce sentimentalisme. Matteo Salvini, le chef de la Ligue du Nord, allié du Front national français, a demandé à être reçu en urgence la semaine prochaine par le chef du gouvernement de Matteo Renzi (centre-gauche).

"Stop à l'invasion, trop c'est trop. Renzi et (le ministre de l'Intérieur Angelino) Alfano sont complices d'une tragédie", a-t-il insisté sur les réseaux sociaux, appelant à une manifestation dimanche à Milan.

Pourtant, les événements de cette semaine ne sont qu'une concentration des drames terribles et des petites joies qui se succèdent depuis l'été 2013 au large de la Libye. Pendant cette période, la Méditerranée a englouti au moins 9.000 personnes... et les navires de la marine ou des gardes-côtes italiens ont enregistré une demi-douzaine de naissances.

Surtout, la vague de cette semaine porte le nombre des arrivées à environ 44.000 selon un décompte de l'OIM, soit encore en-deçà des 47.400 enregistrées au 31 mai l'année dernière.

Les estimations sur le nombre de candidats au départ actuellement en Libye varient de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers, sans aucune certitude.

Et les craintes de voir le flux de Syriens, Afghans et Irakiens bloqué par la fermeture de la route des Balkans se détourner vers l'Italie ne se sont pour l'instant pas concrétisées: la quasi-totalité des arrivants de cette année venaient d'Afrique subsaharienne.

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