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26/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 27/05/2017 01:12 EDT

La route migratoire slovène est fermée, les barbelés restent

Dans cette vallée slovène traversée par les eaux claires de la Kolpa, les migrants ne sont jamais venus. Mais la clôture censée les arrêter est restée, obstacle absurde pour les habitants, rebutant pour les touristes, dangereux pour les animaux.

Nature immaculée, son de la rivière qui froufroute, chant des oiseaux, le paysage de carte postale autour du village de Kostel (sud) ne présente qu'un défaut: les barbelés tranchants comme des rasoirs qui courent à travers champs et forêts tout le long de la frontière croate.

Fin 2015, les autorités slovènes ont érigé cet obstacle sur 166 kilomètres de frontière alors que le pays devenait le lieu de passage de dizaines de milliers de migrants cherchant à gagner le nord de l'Europe.

Objectif: aiguiller les arrivants vers des camps de transit et d'enregistrement pour éviter qu'ils ne se dispersent le long de la frontière "verte", à travers champs.

Après la Hongrie ou la Bulgarie, la Slovénie devenait un Etat européen de plus à barricader une partie de son territoire.

Plus de 378.000 migrants sont entrés en Slovénie d'octobre à décembre et près de 100.000 entre janvier et mars, selon la police, avant que l'itinéraire via la route des Balkans de l'ouest ne se referme début mars.

Sauf que ... "le flux de migrants était à une centaine de kilomètres de chez nous. Pas un seul n'est passé par ici mais l'armée est quand même venue nous occuper avec sa clôture", peste Martin Lindic, propriétaire d'un camp de canoë-kayak près de la rivière Kolpa, qui marque la frontière avec la Croatie.

Dans cet endroit prisé des amoureux de la nature et des sportifs, le patron s'emporte contre "la clôture de M. Cerar", le premier ministre slovène, qui affecte "d'abord ceux qui vivent ici".

- "Massacre" -

"Les touristes appellent pour réserver et leur première question concerne les barbelés", affirme ce patron qui, avec d'autres frontaliers, était allé en décembre y accrocher des boules de Noël en signe de protestation pacifique.

Avant la saison touristique, le gouvernement slovène a entrepris de remplacer dix-huit kilomètres de barbelés par des panneaux grillagés verts jugés moins agressifs.

"La clôture nous a surpris. Nous avions d'abord entendu parler de barbelés à présent ces panneaux...ça ne sert à rien!", juge Emil, un habitant de Ljubljana venu passer un week-end dans la région.

"Ce n'est pas du tout un obstacle physique pour des êtres humains, c'est juste un problème pour les animaux" déplore Luka Oman, responsable d'une association croate de défense de la faune. Pour les bêtes, il s'agit du "pire et du plus absurde massacre" possible, affirme cet activiste.

L'association des chasseurs slovènes a compté dix biches mortes ces derniers mois, estimant que le chiffre est en réalité plus élevé.

D'autant que des bêtes blessées dans les barbelés succombent parfois plus tard dans la forêt. "La barrière est un obstacle sur les sentiers que les animaux ont l'habitude d'utiliser depuis toujours", constate Cvetko Skok, responsable d'une association locale de chasseurs.

Le ministère slovène de l'Intérieur a indiqué à l'AFP que l'enlèvement des "obstacles techniques" à la frontière dépendrait de "l'évolution des événements et des risques qui ont justifié leur mise en place".

Le tracé des barbelés et des panneaux défie parfois toute logique: ils s'interromptent par endroit sur plusieurs mètres, ils clôturent entièrement un célèbre restaurant de poisson à Stari trg ob Kolpi, et plus en aval, à Vinica, ils coupent un camping de son accès à la rivière.

Il défie aussi l'histoire et la logique de frontaliers qui ont toujours vécu en harmonie, même lorsque Croatie et Slovénie, issues de l'ex-Yougoslavie, sont devenus deux Etats distincts, il y a 25 ans.

"Dans notre région il n'y a jamais eu de tels obstacles entre les Slovènes et les Croates, constate Stanko Nikolic, un médecin de 85 ans installé depuis 50 ans près de la rivière. "J'ai toujours voyagé entre les deux pays, je n'ai jamais fait aucune différence entre mes patients slovènes et croates."

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