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26/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 27/05/2017 01:12 EDT

L'attente sans fin des familles pour enterrer leurs disparus

Des réfugiés dans des sépultures de fortune au coeur de la brousse, des victimes de massacre entassées dans des charniers, des disparus recherchés en vain suite à une catastrophe naturelle. Dans le monde entier, des millions de familles désespérées attendent de pouvoir enterrer leurs proches.

"On ne peut fermer le livre de la vie d'une personne qu'on aime sans connaître la vérité ou les raisons pour lesquelles elle a disparu", souligne le diplomate salvadorien Augustin Vasquez Gomes.

Son pays, qui compte encore quelque 8.000 disparus après des années de guerre civile, est l'un des derniers à avoir signé le traité d'adhésion à la Commission internationale pour les Personnes disparues (CIPD).

Née des cendres des conflits de l'ex-Yougoslavie et mise sur pied en 1996 par le président américain de l'époque Bill Clinton, l'organisation a récemment établi son nouveau siège à La Haye, où elle a tenu une conférence pour expliquer son travail. Elle gardera néanmoins pour l'instant son laboratoire à Sarajevo.

La commission, dont les recherches minutieuses sont principalement financées sur base de contributions volontaires des Etats, utilise aujourd'hui encore la technique sophistiquée de comparaison ADN qui a permis d'identifier plus de 70% des 40.000 personnes portées disparues dans les guerres balkaniques.

De son statut ad-hoc, la seule organisation dédiée exclusivement à la recherche des disparus se transforme désormais en une organisation internationale reconnue.

- Le défi syrien -

Alors que son laboratoire de Sarajevo peut analyser jusqu'à 10.000 échantillons ADN par an, la CIPD souhaite en ouvrir un second à La Haye dans les prochains mois face aux défis émergents qu'engendrent les conflits en Syrie et en Irak et leurs flots de réfugiés.

"Nous ne pouvons rien faire en Syrie pour le moment, mais nous sommes déjà en train de perdre du temps dans la collecte de données concernant les survivants", a expliqué à l'AFP la directrice générale de la CIPD, Kathryne Bomberger.

Chaque jour, la commission est contactée par des familles syriennes pour retrouver leurs proches disparus, dont le nombre est estimé à 60.000, tandis qu'elle cherche déjà, en collaboration avec les autorités italiennes, à identifier les corps rejetés par la mer sur les côtes méditerranéennes.

En Irak, la CIPD réalise l'inventaire de l'ADN des Yézidis, victimes de persécution du groupe Etat islamique (EI) et dont les corps ont été retrouvés dans des fosses communes dans les monts Sinjar.

A ces défunts restés sans nom viennent s'ajouter les 2.000 victimes toujours introuvables du typhon Haiyan aux Philippines en novembre 2013 ou encore les morts, estimés entre 250.000 et un million, en Irak depuis le début du régime de l'ancien dictateur Saddam Hussein, souligne Mme Bomberger.

- "Pas de corps, pas de crime" -

Mais il ne s'agit là que d'un aperçu du nombre de familles dévastées dans le monde qui, selon Mme Bomberger, doit être "sidérant".

Ce chiffre reste inconnu notamment à cause des pays qui ne dressent pas de statistiques vu "la nature hautement politique des conflits", d'après Mme Bomberger.

Car identifier les morts signifie pouvoir placer ceux qui sont à l'origine des pires exactions devant leurs responsabilités, précise Kweku Vanderpuye, avocat de la Cour pénale internationale: "souvent, ils agissent selon le principe: +pas de corps, pas de crime+."

Sans tombe sur laquelle pleurer, ceux qui n'ont aucune trace de leurs proches connaissent un sentiment de perte que rien ne pourrait combler et vivent avec ces adieux jamais prononcés et une douleur brute que les années ne peuvent estomper.

"Notre vérité se cache dans les charniers", remarque la présidente des Mères de Srebrenica Munira Subasic, qui a perdu 22 membres de sa famille dans le pire massacre en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, perpétré en juillet 1995 dans cette enclave de l'est de la Bosnie.

Elle raconte l'histoire de cette mère bosniaque musulmane décédée voici quelques jours alors qu'elle ne parvenait pas à faire le deuil de son fils jamais retrouvé.

"Ses derniers mots étaient pour lui: si elle avait seulement eu la chance de trouver un petit morceau d'os, elle l'aurait enveloppé dans de la soie et gardé précieusement pour elle", se souvient Mme Subasic.

"Un petit morceau d'os qui aurait fait d'elle la personne la plus heureuse du monde."

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