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26/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 27/05/2017 01:12 EDT

Ken Domon, le photographe emblématique d'Hiroshima, expose à Rome

Ken Domon, le photographe japonais dont les images prises au lendemain d'Hiroshima avaient choqué le Japon des années 50, expose à Rome à partir de vendredi, une première hors de son pays pour ce maître du réalisme.

Cette exposition s'ouvre le jour même où le président américain Barack Obama, au Japon pour le G7, effectue une visite historique dans cette ville dévastée par une bombe atomique américaine, et où 140.000 personnes avaient été tuées au matin du 6 août 1945.

Domon, mort en 1990, est vénéré dans son pays comme l'un des plus grands photographes japonais et comme un pionnier du réalisme, mais reste encore assez peu connu à l'étranger.

Les organisateurs de cette exposition, qui se tient au musée de l'Ara Pacis de Rome jusqu'au 18 septembre, espèrent que cela va changer.

Quelque 150 de ses oeuvres datant des années 20 aux années 70 sont présentées et révèlent l'étendue de sa production, des images de propagande dans le Japon impérial à celles illustrant les troubles de l'après-guerre.

Plusieurs clichés évoquent aussi sa passion méticuleuse à fixer les temples bouddhistes de son pays ou ses grands artistes des années 60-70.

"Il adorait +son+ Japon, tout son art et son peuple, et il voulait montrer ce Japon au monde, mais avec un oeil japonais", a expliqué Takeshi Fujimori, ancien élève du maître, présent cette semaine à Rome pour l'ouverture de cette exposition.

Fujimori a aidé, avec Rossella Menegazza, experte italienne en histoire de l'art d'Extrême-Orient, à l'organisation de l'évènement.

Directeur artistique du musée Ken Domon à Sakata, dons le nord du Japon, Takeshi Fujimori se souvient de l'exigence de son maître à son égard.

"C'est pourquoi on l'appelait le +diable+ de la photographie. Il n'utilisait pas de mots dans son enseignement, vous deviez apprendre en l'observant", a-t-il raconté.

- "Très sensible" -

"Nous avions toujours peur de faire une erreur, en sachant qu'on prenait alors le risque d'un coup dans le dos ou d'une gifle", a-t-il ajouté.

Un autre ancien élève de Domon, Ushio Kido, le décrit aussi comme quelqu'un de "très sensible".

"Il adorait les êtres humains, particulièrement les enfants", a-t-il affirmé.

De fait, beaucoup d'enfants apparaissent dans les photos les plus fortes exposées à Rome, comme celle d'un petit garçon faisant pipi dans la rue, extrait d'une série prise entre 1952 et 1954, ou encore celle d'un tout jeune enfant riant aux éclats aux côtés de son père, souriant mais défiguré, extrait cette fois de la série sur Hiroshima.

Une sélection des quelque 7.800 images prises par Domon à Hiroshima au cours de l'automne 1957 forment le coeur de l'exposition de Rome. Elles se trouvent d'ailleurs dans une salle peu éclairée, au centre de ce musée situé au bord du Tibre.

Quelque 12 années après la première utilisation de l'arme atomique en temps de guerre, la ville porte encore les cicatrices de ce drame, y compris sur les visages défigurées qu'il photographiait en larmes, mais qui lui ont été durement reprochées.

"Les gens ont dit que c'était trop choquant, et il a été attaqué pour avoir capturé la réalité de la situation de ces survivants", a expliqué Mme Menegazza.

"Mais pour lui, cela a surtout été un tournant dans sa vie. Il a noté dans son journal l'heure exacte de son arrivée à Hiroshima et, à partir de là, il n'y a eu pour lui aucune possibilité de revenir en arrière", a-t-elle ajouté.

Car "il a réalisé qu'il avait jusqu'alors choisi d'ignorer, ou était simplement effrayé, par ce que signifiait Hiroshima. Et cela l'a poussé encore plus loin dans le réalisme", a encore expliqué cette experte.

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