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27/05/2016 11:50 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Joël Le Bigot, le maître du micro

Quand j'ai commencé à écrire cette chronique il y a quelques mois, j'avais déjà en tête d'écrire sur certaines personnalités de notre radio. Le hasard a voulu que d'autres sujets se dressent sur mon chemin.

Une chronique de Franco Nuovo

En toute honnêteté, entre vous et moi, je ne savais pas trop comment m'y prendre ni par quel bout saisir mes collègues. Peut-être ne le savez-vous pas, mais les gens de micro sont des êtres complexes, habités tantôt par le doute, tantôt par un ego quasi surdimensionné.

En fait, « personnalités » n'est pas le mot juste. Disons plutôt « personnages ». Je me disais donc que ça pouvait vous intéresser de savoir comment se déroule la vie au 13e étage de cette tour vouée à disparaître. Probablement même que dans quelques années, il n'y aura plus de chiffre 13 sur le panneau de l'ascenseur. Mais ça, c'est un autre dossier.

Il me fallait donc choisir, commencer par l'une d'entre elles ou l'un d'entre eux. Mon dévolu, tout naturellement, sans que je n'aie trop à me creuser la tête, s'est arrêté sur Le Bigot, Joël de son prénom. Peut-être parce qu'il est maintenant notre aîné. Eh non! Là n'est pas la raison! C'est plutôt parce que cet animateur hors du commun est une figure unique, une sorte de colosse à la chevelure épaisse qui porte la barbe comme le faisaient probablement ses ancêtres normands descendus peut-être des Vikings. Voilà, Le Bigot est un homme du Nord. Quand, comme Ragnar, il se déplace à l'étage, quand il arpente les couloirs, quand il scrute de son regard perçant le court horizon de notre maison en se permettant, de sa grosse voix, une blague ici et là, alors la terre tremble.

Vêtu la plupart du temps comme un Arthur L'aventurier (allez savoir pourquoi), il cherche. Je ne sais pas quoi, mais il cherche. Intimidant, il a surtout l'air revêche, peu accommodant et même un peu grincheux. C'est lui le personnage qui joue à intimider.

Or, Le Bigot n'est pas rébarbatif. Il a un cœur si grand que seul son torse énorme arrive à dissimuler. Bien sûr, il n'aime pas se faire marcher sur les pieds. Bien sûr, il lui arrive pendant des années de ne pas vous adresser la parole. Bien sûr, il est à sa façon un rebelle, ce qui n'est pas un défaut. Bien sûr, il ne supporte guère la médiocrité, qu'elle vienne du haut ou du bas. Et bien sûr, il peut aussi terroriser certains réalisateurs qui se dressent sur son chemin. Bien sûr. Mais qu'importe!

Je tiens maintenant à préciser que la flagornerie n'a en rien dicté les lignes qui vont suivre.

En dépit de tout ça, Le Bigot est un maître. Il est sans aucun doute un grand (si ce n'est pas le plus grand) animateur de radio du Québec moderne. Déjà, quand il était à la barre de CBF Bonjour de 1977 à la fin des années 1990, donc bien avant qu'il ne devienne le roi des week-ends, je bavais, émerveillé par l'aisance de son animation à la fois légère et sérieuse. Il était, avec son public, en perpétuelle interaction.

Il est de ceux qui ont le talent inouï de ne montrer que le plaisir et la facilité d'un travail qui exige discipline et rigueur. C'est un art.

Et ce don, il a su l'enrichir. Le communiquer aux autres. Il a transformé ses nombreux collaborateurs en personnages de quasi-fiction; grâce à lui, ils sont devenus des vedettes à leur façon. Ce chef d'orchestre sait les faire jouer à l'unisson. Et cette confiance qu'il leur a donnée, il la doit à son indéfectible fidélité aux siens. Pensons à Laurendeau qui a longtemps travaillé avec lui, à Grimaldi qui est toujours là, à feu Richard Garneau, à Archambault, etc.

Et il a toujours cette amitié qui transcende la mémoire de Languirand.

On pourrait aussi ajouter à ses qualités son talent d'intervieweur...

Bon, il a aussi des défauts. Son obsession pour Brassens, par exemple. Avec ses Copains d'abord, il a tout foutu en l'air, Le Bigot. Il n'y a plus un animateur, plus une émission où on peut faire jouer Georges. Il en a pris possession, se l'est approprié, nous privant ainsi du droit de l'apprécier hors de son studio.

Ah! tiens, le studio, j'allais l'oublier. Ce Le Bigot, il faut que vous le sachiez, est un être d'habitudes. Il y a des années et des années, voire des décennies, il a pris possession du 24, un studio, son studio, qui tombe en décrépitude avec ses murs couverts de photos, de découpures de journaux, de caricatures, etc. Honnêtement, peu osent s'y aventurer de peur de s'égarer dans la grotte de l'ogre et de se faire bouffer.

Enfin, un dernier mot. Il y aura dans le futur d'autres portraits d'animatrices et d'animateurs, des barbus et même des racoleurs.