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27/05/2016 08:52 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

France: le président Hollande ferme face à la fronde sociale, dépôts pétroliers débloqués

Le président français François Hollande a martelé sa volonté de "tenir bon" face à la fronde sociale qui pourrait encore s'intensifier malgré le déblocage vendredi de la quasi-totalité des dépôts pétroliers du pays.

"Je tiendrai bon", a déclaré le chef de l'Etat depuis le Japon où il participait à un sommet du G7, apportant son soutien à son Premier ministre Manuel Valls et soulignant que leur projet de loi visant à assouplir le code du travail était "une bonne réforme". Le texte, en discussion au Parlement, divise la majorité socialiste au pouvoir et ses opposants tentent de paralyser le pays.

Après des manifestations jeudi dans toute la France, avec une mobilisation stable (300.000 selon le syndicat CGT, 153.000 selon les autorités) et des heurts répétés avec la police, les huit syndicats opposés à la loi ont appelé vendredi "à poursuivre et amplifier les mobilisations".

"Valls démission", "Non à la loi travail", scandaient vendredi, le poing levé, des manifestants bloquant le dépôt pétrolier de Donges (ouest), le deuxième du pays, peu avant d'être forcés d'en évacuer l'entrée par des policiers.

Une quinzaine de dépôts pétroliers ont été débloqués sans incident par les forces de l'ordre, et la centaine de dépôts que compte le pays est désormais libre d'accès, a annoncé à la mi-journée le gouvernement. Un seul dépôt reste toujours en grève, en région parisienne.

"Globalement, il y a toujours autour de 20%" de stations-service en difficulté, mais "ça s'améliore partout, dans toutes les régions", a assuré un porte-parole du ministère des Transports.

Six des huit raffineries françaises étaient néanmoins toujours à l'arrêt ou tournaient au ralenti vendredi. Les patrons des secteurs pétroliers et des Transports seront reçus samedi par le Premier ministre.

Confrontés aux rationnement de carburant, les Français réagissaient de manière contrastée, râleurs ou fatalistes dans les files d'attente à la pompe, mais de plus en plus partisans d'un retrait du texte (sept Français sur dix) "pour éviter un blocage du pays" selon un sondage.

Vendredi, le responsable du patronat français, Pierre Gattaz, a dénoncé des "méthodes de voyous" et "d'irresponsables" et appelé à "résister au chantage" des syndicats contestataires.

Principal visé, le leader de la CGT Philippe Martinez a dénoncé pour sa part le "climat de haine" entretenu par le gouvernement et le patronat.

- Une journée test mardi -

Lancé il y a presque trois mois, le mouvement social s'est durci la semaine dernière avec le blocage de ports, de raffineries et de dépôts de carburants. Les opposants au projet, et la CGT en particulier, jouent à fond l'action directe dans ces secteurs clés où ce syndicat est fortement implanté, et appellent à une "généralisation" des grèves, notamment dans les ports et les docks.

Vendredi, la grève aux terminaux pétroliers du Havre, qui a coupé depuis mardi l'alimentation en pétrole des aéroports parisiens et de trois raffineries, a été reconduite, selon la CGT, mais l'éxécutif y a exigé un service minimum. L'aviation civile a recommandé aux compagnies aériennes opérant en France de faire le plein de kérosène à l'étranger.

En revanche, les appels à la grève dans les centrales nucléaires n'ont finalement pas entravé l'approvisionnement électrique selon le gestionnaire du réseau.

Le conflit pourrait se déplacer la semaine prochaine dans les transports, avec des préavis de grève dans les trains, métros parisiens et l'aviation civile pour mardi, qui s'annonce comme une journée cruciale, à deux semaines du début officiel de l'Euro-2016 de football et de l'arrivée attendue de dizaines de milliers de supporteurs dans le pays.

Une neuvième journée de mobilisation est programmée le 14 juin, avec "une puissante manifestation nationale" à Paris. Des hôteliers et restaurateurs français, via deux syndicats professionnels, se sont déjà alarmés d'"annulations importantes" à Paris et dans le Grand Ouest.

Valls apparaît de plus en plus comme étant "dos au mur", a estimé un député socialiste.

Le problème est que l'épreuve de force masque aussi "la relative fragilité" des deux parties en présence, observait vendredi le quotidien Le Monde. Avec d'un côté une CGT en perte de vitesse depuis deux ans, qui a fait le choix de la radicalisation pour se remettre en selle. Et de l'autre un gouvernement socialiste disposant certes des prérogatives institutionnelles -et éventuellement de l'usage de la force- mais qui bat depuis des mois des records d'impopularité.

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