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27/05/2016 07:37 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

France: face aux syndicats contestataires, Manuel Valls, en première ligne, refuse de plier

En première ligne dans un bras de fer avec des syndicats opposés à sa réforme du droit du travail, le Premier ministre français Manuel Valls, en difficulté sur l'échiquier politique, prône la fermeté au risque de devoir quitter prématurément ses fonctions.

"La situation est très compliquée", résume Frédéric Dabi, de l'institut de sondages IFOP, en évoquant l'alternative devant laquelle se trouve aujourd'hui le chef du gouvernement, auquel le président François Hollande vient d'apporter son soutien.

Soit il retire la loi et "il ne compte plus, il ne pèse plus". Soit il campe sur ses positions en espérant que le mouvement s'effiloche. Mais "il y a quand même la date butoir de l'Euro de football le 10 juin".

Seuls 26% des Français soutiennent encore le Premier ministre et 69% d'entre eux sont favorables au retrait du projet de loi "pour éviter un blocage du pays".

Pour un député socialiste, "Valls a le dos au mur. S'il retire le texte, il ne peut pas rester".

Sur la scène politique française, le Premier ministre est malmené. Il est depuis des mois secoué par des députés de l'aile gauche du parti socialiste - baptisés "les frondeurs" - qui lui reprochent ses options trop libérales.

Depuis début avril, son ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, un ancien conseiller du président, lui donne par ailleurs du fil à retordre. Ce dernier dispute au Premier ministre son image de réformateur et a lancé un mouvement politique dans la perspective de la présidentielle de 2017 au cas où François Hollande ne se représenterait pas. Une posture à laquelle pourrait aussi prétendre Manuel Valls.

"Combien de temps peut-il tenir sur la loi travail ?", s'interrogeait vendredi le quotidien de droite Le Figaro tandis que le journal Le Monde se demandait en Une si Valls n'a pas "perdu la bataille de l'opinion".

Pour la huitième fois en un peu plus de deux mois, entre 150.000 et 300.000 personnes ont encore défilé jeudi contre la loi travail, emblématique de la volonté de réforme qui constitue l'ADN politique du Premier ministre socialiste. Une nouvelle manifestation est prévue le 14 juin.

"Ce pays se meurt parfois de ses conservatismes, de son impossibilité à réformer, c'est pour ça que nous sommes dans un moment crucial", estime Manuel Valls.

- Propos tranchants -

Scénario cauchemar pour le gouvernement qui craint une paralysie du pays à l'approche de l'Euro, la radicalisation du conflit constitue un nouveau défi frontal à l'autorité du Premier ministre.

Nommé à la tête du gouvernement fin mars 2014, ce natif de Catalogne naturalisé Français à 20 ans se caractérise souvent par des propos tranchants. Lors d'un entretien fin avril au magazine Society, il avait reconnu des "erreurs" dont "le moment et la façon de présenter la loi Travail".

Malgré plusieurs amendements qui lui ont gagné l'appui de syndicats réformateurs, Manuel Valls a finalement dû, au Parlement, mettre son poste dans la balance pour contraindre des députés socialistes récalcitrants à adopter le texte en première lecture.

Mais ce passage en force n'a rien résolu. Les opposants les plus déterminés restent mobilisés dans la rue, et un petit groupe de députés socialistes en rupture de ban ne désarme pas.

De plus en plus de responsables socialistes - tels le ministre des Finances Michel Sapin - semblent enclins à renégocier à nouveau une partie du projet de loi.

"Moi, je vais retirer un texte ? Ou je vais réécrire un article qui est le coeur de sa philosophie ?", a rétorqué sèchement Manuel Valls.

Malgré la contestation persistante, il assure n'avoir jamais songé à démissionner. "Ce n'est pas parce que (le syndicat) CGT veut bloquer le pays, que je vais partir, que je vais plier", a-t-il déclaré.

Face à ses deux options, il "a moins de coups à prendre à garder le projet" de loi réformant le code du Travail, "tout en ouvrant la porte à des modifications, des aménagements", juge Frédéric Dabi.

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