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27/05/2016 11:04 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Conflit social : dans la queue devant une station-service à Paris, la patience commence à se tarir

Après quatre tentatives infructueuses, Benjamin Pastor vient enfin de trouver une station-service qui fonctionne. Comme d'autres Parisiens, sa compréhension à l'égard des grèves et des blocages d'opposants à une réforme gouvernementale commence sérieusement à décliner.

"Pas du tout !", répond d'emblée à l'AFP cet agent immobilier de 34 ans lorsqu'on lui demande s'il soutient le mouvement syndical ayant conduit à la mise à l'arrêt partielle ou totale de six des huit raffineries françaises pour exiger le retrait d'une loi sur le code du travail.

Cela fait plusieurs jours que le blocage de dépôts pétroliers et des raffineries entraîne des difficultés d'approvisionnement en carburant, affectant 20% des stations-service selon le gouvernement. Les transports sont aussi touchés par des grèves à répétition depuis début mars.

Dans la même file d'attente qui mène à une station Porte Maillot, à l'entrée de Paris, Geneviève de Maud'huy, une retraitée, fait mine de s'émerveiller de la tolérance des Français à l'égard des actions syndicales. "Les Français ont la curieuse habitude de soutenir les grèves !".

Elle durcit néanmoins le ton en évoquant le syndicat CGT, première centrale du pays, historiquement proche du Parti communiste, en pointe dans le mouvement de contestation depuis près de trois mois.

"La CGT se présente comme le peuple, mais elle ne représente que 3% des salariés", argumente cette femme. Ce syndicat revendique 700.000 membres sur 24 millions d'actifs.

L'entrepreneur Hubert Brosson, 43 ans, approuve : "On n'est pas légitime quand on ne représente pas le peuple".

- "Eviter un blocage du pays" -

"On est victime d'un dommage collatéral", estime de son côté Carine Zarkout, une élève ingénieure de 21 ans dont les déplacements pour se rendre à Paris (une heure de route) se sont transformés en cauchemars ces derniers jours.

"Beaucoup de gens ne peuvent pas travailler avec ce blocage (...) Ils perdent de l'argent tous les jours", dénonce-t-elle, interrogée sur un marché de l'ouest de la capitale.

Selon un récent sondage, sept Français sur dix souhaitent le retrait de la réforme sur le code du travail, accusée d'encourager la précarité, "pour éviter un blocage du pays".

"Pauvre France", soupire Isabelle Slove, en achetant des tomates sur un marché de l'ouest parisien. "Les employeurs doivent pouvoir embaucher et licencier les salariés", dit-elle, soutenant la réforme. "On a besoin de fluidité, d'ouvrir le marché du travail", commente cette cliente.

La réforme du gouvernement socialiste, adoptée par le Parlement sans recourir au vote des députés, permet aux entreprises d'établir leurs propres conditions de travail pour les nouveaux salariés, de licencier plus facilement et de passer outre la durée légale de travail hebdomadaire de 35 heures en vigueur depuis 2000.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a dénoncé vendredi le "climat de haine distillé par le gouvernement et le patronat" et fustigé les termes de "preneurs d'otages" et de "voyous" qu'ils emploient selon lui pour désigner "ceux qui luttent et se battent".

Edouardo Fernandes, un vendeur d'origine portugaise de 51 ans, juge toutefois qu'"il doit y avoir d'autres moyens que de paralyser un pays" pour défendre le droit des salariés.

D'autant que les grèves et les blocages nuisent au commerce, estime un propriétaire de snack-bar, Guillaume Bouvelot. Son activité a souffert depuis le début de la contestation début mars, témoigne-t-il.

Les hôteliers et les restaurateurs, déjà touchés par une baisse notable de leurs activités après les attentats jihadistes à Paris en 2015, se sont alarmés vendredi d'"annulations importantes" dans la capitale et dans l'ouest de la France, parlant notamment de 15% à 20% d'annulations pour la seule ville de Paris.

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