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27/05/2016 03:43 EDT | Actualisé 28/05/2017 01:12 EDT

Certaines blessures font plus mal que d'autres

De l'extase à la désillusion, les Jeux olympiques peuvent nous faire vivre toute une gamme d'émotions.

Un texte d'Alexandre Despatie

Ma médaille d'argent décrochée en 2008 à Pékin a été mon meilleur moment olympique. Je revenais d'une fracture à un pied, une blessure subie à quatre mois des Jeux seulement. J'ai dû travailler fort pour revenir dans la meilleure forme possible. Et de remporter cette médaille en Chine, une puissance mondiale en plongeon, ç'a été le comble.

Mais les Jeux peuvent aussi être le théâtre de grandes déceptions. Si 2008 représente un beau souvenir, disons simplement que les Jeux de 2012 n'ont pas été, de leur côté, les plus magnifiques de ma carrière...

Un mois et demi avant les Jeux de Londres, j'ai eu un accident à l'entraînement, à Madrid, en Espagne. J'ai heurté le plongeoir lors d'un saut, et j'ai subi une large coupure au front. J'ai ainsi dû changer complètement mon objectif, alors que c'était ma dernière chance de gagner une médaille olympique, ma dernière chance de peut-être décrocher l'or.

En raison de l'accident, c'était évidemment écarté. C'était très difficile pour moi. D'instinct, je veux gagner, je veux performer et être compétitif.

Pendant le peu de temps que j'ai eu pour m'entraîner, j'ai essayé de garder une attitude positive, constructive. Quand on se blesse, on se dit que chaque jour on va en reprendre un petit peu. Mais en réalité, ce n'est pas vraiment comme ça que ça se passe. On ne se sent pas bien une journée, un petit peu mieux l'autre, puis encore pire l'autre après. C'est ce qui a rendu ma préparation tellement difficile.

Quand on prend la décision d'aller aux Jeux malgré une blessure, on y va 100 % et on ne regarde pas en arrière. Mais là-bas, plus on s'approchait de la compétition, c'était chaque soir plus difficile de me coucher. Je ne mentirai pas, certains soirs, j'avais le goût de faire mes bagages. J'en avais assez. Émotionnellement, physiquement, mentalement, c'était très lourd.

Tout le monde autour de moi essayait de m'encourager, de me dire que c'était déjà un exploit que je sois aux Jeux, parce que j'avais encore une cicatrice fraîche sur la tête. Il n'y avait même pas si longtemps qu'on m'avait enlevé les points de suture et les agrafes.

On me disait que la mission était déjà accomplie avant même d'avoir fini la compétition. Mais demandez à n'importe quel athlète : dans notre coeur, on veut quand même essayer de performer au-delà de nos moyens.

Au final, ma performance n'a pas été si pire en soi. J'ai fait la finale olympique après seulement deux semaines d'entraînement, et j'ai terminé 11e.

Mais à mon dernier dernier plongeon, mes genoux m'ont laissé tomber à la poussée. Je n'ai pas pu avoir l'énergie nécessaire pour compléter le plongeon. C'était mon dernier plongeon aux Olympiques. En fait, ça a été mon dernier plongeon à vie. Un échec total. Ça s'est terminé terriblement.

Le soutien de l'équipe

Dans mon équipe, dans le village, les gens me connaissaient très bien, et savaient comment je me sentais. Il n'y avait pas de mots. C'était simplement comme : « On va le laisser vivre ce moment-là tout seul », sachant que c'est comme ça que moi je fonctionne.

Parfois, ça s'exprime juste par une caresse, sans vraiment avoir besoin de dire quoi que ce soit. C'est une autre belle façon de voir qu'on est une équipe. Les gens nous connaissent tellement, qu'ils n'ont pas à nous parler, parce qu'ils savent comment on réagit après certaines situations.

Ce que j'ai trouvé le plus dur dans ma fin de carrière, c'était de me lancer en compétition en sachant que je n'avais pas eu vraiment assez d'entraînement pour être performant. Je savais que les Jeux de Londres étaient mes derniers, mais je comptais me rendre jusqu'aux Championnats du monde de 2013. J'ai dû me faire opérer à un genou et tout ça a rendu la tâche plus difficile. Si j'avais continué après, ça aurait été encore du rattrapage. J'ai donc décidé de ne pas me réengager là-dedans.

Personnellement, je ne peux même pas dire que je suis encore serein avec la façon dont cela s'est terminé. C'est unique à tous, il faut pour chacun une certaine période de temps. Je ne peux pas dire que je suis nécessairement rendu là encore!