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24/05/2016 08:10 EDT | Actualisé 24/05/2016 08:12 EDT

« Stadorama » : aimer ou détester le stade olympique, telle est la question

Getty Images
Olympic Stadium, Montreal, 1976. Exterior, Architects: Roger Taillibert. (Photo by Arcaid/UIG via Getty Images)

Retards de construction, scandale de corruption, dépassements de coûts astronomiques, saga sur la toile et le toit rétractable : les raisons pour honnir le stade olympique sont si nombreuses qu’on en oublie presque ses qualités, les souvenirs qui y sont rattachés, de la belle époque des Expos, en passant par la Magie Rose de Diane Dufresne et l’inimitable symbole qu’il représente dans notre imaginaire collectif. Par amour pour celui qu’elle qualifie de monument et pour le réfléchir autrement, la journaliste Catherine Mathis a interpellé 24 personnalités de tous les horizons pour donner naissance au livre Stadorama.

« Je ne veux pas enlever aux gens leur dégoût, leur dédain ou leur honte, dit-elle. Le stade a beaucoup de tares qui font partie de son histoire, mais on peut brasser les cartes un peu. Je crois que ceux qui étaient en colère en raison du fiasco financier sont peut-être prêts à laisser aller et qu’il est temps de créer une relation avec les jeunes qui n’ont aucune amertume. »

Animatrice et reporter à la radio de Radio-Canada (La Sphère) et blogueuse techno (Triplex), Catherine Mathys est également une fille de diplomates qui est née au Québec, avant de déménager à Moscou et Bruxelles, en gardant un attachement particulier envers la soucoupe volante qui s’est posée au nord de l’avenue Pierre-de-Coubertin.

« Je me suis approprié le stade plus que bien des Montréalais », concède celle qui est née quelques jours après l’inauguration officielle du stade, en juillet 1976. « Mais je suis toujours étonnée de voir à quel point les gens ne s’approprient pas leurs propres symboles. Parce que oui, le stade est le symbole ultime de Montréal, encore plus que la croix du mont Royal. Un stade olympique comme le nôtre, il n’y en a pas ailleurs. C’est notre tour Eiffel! »

24 collaborateurs

Afin de mieux comprendre son histoire et sa relation complexe avec la population, la journaliste a fait appel à une kyrielle d’intervenants.

L’anthropologue Serge Bouchard met en contexte la campagne de dénigrement dont le stade a été victime. Son architecte, Roger Taillibert, aujourd’hui âgé de 89 ans, raconte comment il a obtenu la commande, s’arrête sur l’hostilité à l’égard de son œuvre et confie l’impression d’inachevé qui l’accompagne. L’économiste Ianik Marcil réfléchie sur le sacro-saint besoin de tout rentabiliser.

Le designer industriel Michel Dallaire confie pourquoi il n’aime pas l’esthétique de la bâtisse. L’expert en image de marque Jean-Jacques Stréliski souligne comment le stade a permis à Montréal de se positionner parmi les grandes cités du monde. Le philosophe Normand Baillargeon élabore sur les normes éthiques de l’architecture et ses effets sur la vie des usagers.

Fascinante d’un bout à l’autre, cette courtepointe d’informations, d’opinions et d’émotions permet à Mathys de pousser sa réflexion un cran plus loin. « Je trouve qu’on est vite sur les statistiques et les études qui démontrent que tout a coûté trop cher, que le stade ne sert pas à grand-chose, et ceci et cela, mais on ne réfléchit pas souvent collectivement à ce patrimoine. J’avais besoin de penseurs pour bouger la lorgnette de ma pensée. »

Sports, culture et… bouffe!

Impossible de décortiquer les tenants et les aboutissants du stade sans parler des grands événements qui y ont été organisés.

La voix des Expos pendant 28 ans, Jacques Doucet, y va d’un trait d’humour en illustrant pourquoi Taillibert n’a pas conçu un modèle idéal pour le baseball : « Les Français sont plus ferrés en pétanque qu’en baseball… » L’Olympien Hugues de Roussan évoque le sentiment d’irréel et de grandiose qui l’habitait avant et pendant son entrée dans le stade, lors de la cérémonie d’ouverture. L’historienne Évelyne Ferron remonte à l’origine des fameux hot-dog, alors que le chef Normand Laprise les réinterprète avec des fruits de mer.

Du côté des artistes, le chanteur Robert Charlebois se souvient de sa visite aux côtés des concepteurs et cite une phrase prononcée par Félix Leclerc en 1977, alors que la Saint-Jean était célébrée entre les métros Pie-IX et Viau : « Regarde, Robert, on se retrouve dans un stade qui n’est pas fini. Comme nous autres. » Le producteur Guy Latraverse se rappelle de la démesure qu’il fallait pour organiser le premier spectacle solo d’un interprète québécois au stade : celui de Diane Dufresne. Et le cinéaste Jean-Claude Labrecque met en lumière la complexité énorme de tourner le film officiel des JO de Montréal.

Penser l’avenir

En faisant un tel livre, il allait de soi de demander l’avis de certains penseurs sur l’avenir du stade. Un élément qui n’a pas fini de faire réfléchir son amoureuse inconditionnelle. « C’est une question à plusieurs milliards de dollars! Si je disposais de tout l’argent du monde et qu’on me donnait carte blanche, je réglerais la question du toit, en optant pour l’option rétractable, au grand dam de plusieurs. »

Catherine Mathys a également un pincement au cœur en pensant que Roger Taillibert est en train de construire à Doha, au Qatar, ce qu’il avait imaginé pour le Stade : une académie internationale du sport, avec des laboratoires de recherche, des chercheurs et des athlètes de partout qui convergent vers Montréal pour parfaire le sport.

Même si ce rêve n’est pas sur le point de se réaliser, elle a tout de même quelques idées de grandeur pour le stade. « On cherche toujours des grands événements pour se réunir et je vois là l’occasion parfaite pour le faire. Moi-même, je ne suis pas fan de base-ball, mais j’y vais chaque année en avril, parce que j’y passe un bon moment. Le simple fait de me promener près du stade me remplit de quelque chose de plus grand que moi : une admiration, une fierté et une volonté d’aller plus loin. »

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