NOUVELLES
22/05/2016 23:51 EDT | Actualisé 23/05/2017 01:12 EDT

Valls s'attelle à un défi: convaincre personnellement Netanyahu

Le Premier ministre Manuel Valls défend lundi à Jérusalem l'initiative française pour relancer l'effort de paix moribond avec les Palestiniens devant le plus farouche adversaire du projet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

M. Valls va au-devant de fortes résistances lorsqu'il rencontrera M. Netanyahu à 12H30 (09H30 GMT) après être allé se recueillir sur les tombes des victimes juives des attentats en France.

Il a entamé cette deuxième journée marathon en Israël sous le signe de la mémoire. Kippah noire sur la tête, il a rituellement déposé de petits cailloux sur les sépultures des victimes des crimes antisémites en France au grand cimetière de Givat Shaul à Jérusalem.

Là reposent Ilan Halimi, enlevé et tué par le gang dit "des barbares" en 2006, des victimes du tueur jihadiste de Toulouse Mohamed Merah en 2012, ainsi que des victimes de la prise d'otages meurtrière de l'Hypercacher à Paris en janvier 2015.

M. Valls devait ensuite se rendre au poignant mémorial de l'Holocauste, Yad Vashem, et ranimer la flamme en souvenir des quelque six millions de juifs exterminés durant la Seconde Guerre mondiale.

C'est après des entretiens avec le président israélien - aux pouvoirs limités - Reuven Rivlin, puis avec le chef de l'opposition Isaac Herzog que M. Valls sera reçu par M. Netanyahu, pour un entretien et un déjeuner.

M. Netanyahu n'a cessé d'attaquer le projet français de réunir une conférence internationale de paix. Il ne l'a même pas mentionné dimanche à l'occasion d'entretiens avec le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka. Au contraire, il a évoqué, en termes allusifs, des "initiatives" régionales impliquant les pays arabes.

Le soutien palestinien, lui, est acquis à Paris.

"Je suis très lucide sur la situation", a dit M. Valls à des journalistes lundi matin, "nous ne sommes pas avant (les accords de paix d')Oslo. La colonisation, en plus, elle s'est déployée. Il y a le mur" de séparation israélien d'avec la Cisjordanie.

Depuis le début de sa visite, M. Valls s'est employé à surmonter les réticences israéliennes et a multiplié les gestes symboliques et les gages d'amitié, y compris personnelle, envers Israël, tout en répétant que "la colonisation doit cesser".

"Je rappellerai à Benjamin Netanyahu que cette initiative n'est pas contre Israël", mais au contraire dans son intérêt comme dans celui des Palestiniens, a dit M. Valls lundi.

- 'Chaque chose en son temps' -

Il a à nouveau évoqué les motivations françaises, "désintéressées": recréer une dynamique autour d'une "solution à deux Etats" israélien et palestinien coexistant en paix, et mettre fin à un dangereux statu quo qui menace de dégénérer en une nouvelle escalade dans une région déjà en proie au tumulte.

Après une réunion préparatoire le 3 juin sans Israéliens ni Palestiniens, Paris espère réunir à l'automne une grande conférence en leur présence.

Interrogé sur l'éventualité que la conférence n'impose un calendrier de négociations, M. Valls a jugé prématuré d'en parler: "On ne peut pas décider d'une méthode à travers une conférence qui n'a pas encore eu lieu en imposant un calendrier contraignant. Chaque chose en son temps".

Israël est foncièrement opposé aux conférences internationales. Pour M. Netanyahu, Israéliens et Palestiniens doivent faire la paix lors de négociations bilatérales. Les Palestiniens disent avoir assez sacrifié à l'exercice, en vain.

Israël s'est emparé du vote mi-avril par la France d'une résolution controversée de l'Unesco sur Jérusalem, dans laquelle des lieux sacrés juifs sont seulement désignés sous leur nom arabe ou entre guillemets. Le chef de la diplomatie française et prédécesseur de M. Valls, Jean-Marc Ayrault, avait été reçu très fraîchement par M. Netanyahu il y a huit jours.

M. Valls a admis un "problème de coordination" française à ce sujet. Il a assuré que la querelle était "derrière nous", non sans exprimer le sentiment français que le gouvernement israélien s'était saisi de l'affaire à un moment opportun. "Ce vote a été exploité et utilisé peut-être au-delà même de l'importance du vote", a-t-il dit.

Nouvelle source de complication: la visite du numéro 2 français coïncide avec les derniers soubresauts de la tumultueuse scène politique israélienne.

M. Netanyahu semble en passe de faire entrer dans son gouvernement l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, figure détestée des Palestiniens, au ministère-clé de la Défense. "Ce sont des éléments qu'on doit intégrer", a reconnu M. Valls tout en refusant de s'ingérer dans la politique israélien.

Après le déjeuner avec M. Netanyahu, M. Valls se rendra dans les territoires palestiniens.

map-lal/jri