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23/05/2016 07:37 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Un sommet inédit à Istanbul pour mieux répondre aux crises humanitaires

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé lundi à mieux partager le "fardeau" des crises mondiales, au cours d'un sommet inédit à Istanbul visant à améliorer la manière de répondre aux crises humanitaires, un objectif qui laisse sceptiques des acteurs du secteur.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a invité les près de 6.000 participants à cette réunion à "façonner un avenir différent", sur fond de plus grande crise humanitaire mondiale depuis l'après-guerre, avec environ 60 millions de déplacés et 125 millions de personnes ayant besoin d'aide.

"Ce n'est pas une tâche aisée", a-t-il souligné, et il faudra "une volonté politique d'une ampleur que nous n'avons pas vue ces dernières années".

Les engagements pris à ce sommet ne seront toutefois pas contraignants, ce qui a suscité le scepticisme de bon nombre d'acteurs de l'humanitaire. Anticipant une "déclaration de bonnes intentions" et aucune avancée concrète, l'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a même décliné l'invitation.

Mais les organisateurs se voulaient résolument optimistes, avec à cet égard une cérémonie d'ouverture rythmée à laquelle a notamment pris part l'acteur Daniel Craig. L'interprète de James Bond a exhorté les responsables présents à se garder des "phrases creuses" qui ne seraient pas suivies d'actes.

Le sommet de deux jours veut engendrer une série d'actions et d'engagements pour éviter les conflits, faire respecter le droit international humanitaire et garantir des sources de financement stables pour les projets humanitaires.

"Très souvent, des promesses de dons sont faites, mais l'argent ne suit pas", a déploré la chancelière allemande Angela Merkel. "Cela doit cesser".

Hôte du sommet, M. Erdogan a appelé à "prendre ses responsabilités". "Le système actuel a des insuffisances (...), le fardeau n'est porté que par certains pays", a déploré le président turc, rappelant que son pays accueillait environ trois millions de réfugiés.

- 'Nouveau consensus international' -

Plusieurs rencontres bilatérales se déroulaient par ailleurs en marge de cette réunion.

Mme Merkel a ainsi eu un entretien avec M. Erdogan à l'issue duquel elle a fait part de sa "profonde préoccupation" au sujet de la levée de l'immunité parlementaire en Turquie, qui expose des députés de l'opposition à des poursuites judiciaires.

Le vice-secrétaire général des Nations unies, Jan Eliasson, a de son côté regretté que l'accent ne soit pas mis sur la prévention des conflits. Il est nécessaire, selon lui, de "passer d'une situation dans laquelle on s'attaque aux symptômes à une situation dans laquelle on s'attaque aux causes profondes".

La France, présidente de la COP21, a quant à elle mis l'accent sur les conséquences des dérèglements du climat. "Lutter contre la crise climatique, c'est agir pour prévenir les conflits", a déclaré à l'AFP la ministre française de l'Ecologie, Ségolène Royal.

Le choix d'Istanbul pour ce sommet est aussi symbolique que controversé. La Turquie accueille 2,7 millions de Syriens, mais plusieurs ONG accusent ses autorités, qui le démentent, de renvoyer des Syriens dans leur pays en guerre.

Plusieurs conflits dans la région, notamment en Syrie, où des cas de civils morts de faim dans des villes assiégées ont été signalés, illustrent de manière criante les limites du système humanitaire actuel.

"Nous avons besoin d'un nouveau consensus international en faveur du respect du droit international humanitaire", a insisté Mme Merkel. "Que ce soit en Syrie ou ailleurs, nous voyons que des hôpitaux et des centres (de soins) sont systématiquement bombardés", a-t-elle déploré.

L'ONG MSF, dont 75 hôpitaux ont été attaqués l'année dernière, a annoncé qu'elle boycottait le sommet en raison du manque d'initiatives concrètes pour mettre fin aux "graves restrictions mises en place par certains Etats" en termes d'accès humanitaire.

"Tant que des hôpitaux seront bombardés de façon répétée et que des civils seront impunément pris pour cibles, il est absurde d'attendre que la réponse humanitaire s'améliore", a souligné le secrétaire général d'Amnesty International, Salil Shetty.

Malgré tout, les participants, dont de nombreuses ONG de petite ou moyenne taille en première ligne des crises humanitaires, espèrent que le sommet donnera au moins un élan dans la bonne direction.

"Aujourd'hui, ici, nous faisons des promesses. Nous devrons joindre le geste à la parole", a déclaré M. Erdogan. "Nous aurons alors réglé tous nos problèmes", a-t-il estimé.

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