NOUVELLES
23/05/2016 03:42 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Scénarios après la disparition du chef des talibans

La mort du chef des talibans afghans dans une frappe de drones américaine au Pakistan risque d'être lourde de répercussions sur cette région instable, affirment des experts.

Quel successeur ?

Le décès du mollah Akhtar Mansour ouvre la deuxième crise de succession en moins d'un an pour les talibans. Il avait pris la tête du mouvement islamiste en juillet 2015 après l'annonce-surprise de la mort, deux ans auparavant, de son fondateur, le mollah Omar.

Nombre de ses rivaux d'alors devraient de nouveau être sur les rangs pour lui succéder.

Parmi les favoris figurent des proches du mollah Omar, dont son fils le jeune mollah Yacoub. Mais aussi des adjoints du mollah Mansour, dont Sirajuddin Haqqani, actuellement à la tête du réseau Haqqani, un groupe allié des talibans et historiquement considéré comme parrainé par le Pakistan.

"Le moment pourrait être venu pour les Haqqanis de tenter de s'emparer de l'ensemble du mouvement", estime l'analyste pakistanais Amir Rana.

Mansour s'était montré apte à la fois à soumettre les dissidents et à éliminer ses rivaux et les experts estiment que les querelles de chefs ont de fortes chances de se rallumer à présent.

Quel impact sur la situation sécuritaire ?

"Cela pourrait aider le processus de paix si cela permet à la faction modérée d'émerger", estime l'auteur Ahmed Rashid, spécialiste pakistanais du sujet.

Une reprise des luttes intestines pourrait apporter un peu de répit aux forces afghanes, actuellement sous forte pression, mais pourrait aussi avoir des conséquences négatives à plus long terme.

"D'un autre côté, le processus de paix sera encore plus difficile en traitant avec autant de chefs", souligne Imtiaz Gul, directeur du CRSS, un institut de recherche pakistanais spécialisé dans les questions de sécurité. "C'est la stratégie suivie depuis plusieurs années: les diviser et passer des accords, mais on ne sait pas si ça fonctionne".

Selon M. Rana, la mort du mollah Mansour pourrait aussi renforcer des groupes jihadistes comme l'Etat islamique ou le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan, que certaines factions talibanes seraient tentées de rejoindre.

Le précédent de l'annonce de la mort du mollah Omar, puis la désignation du mollah Mansour fait aussi craindre une nouvelle vague d'attentats. L'avènement du mollah Mansour avait en effet été marqué par une série d'attaques sanglantes dans Kaboul, destinée, selon les experts, à asseoir l'autorité du nouveau chef.

Quelles conséquences pour le Pakistan?

Si les autorités pakistanaises ont, comme elles l'affirment, été complètement tenues à l'écart de l'opération Mansour, il s'agirait de la plus importante incursion dans leur espace aérien depuis le raid américain ayant tué Oussama Ben Laden en 2011. Ce dernier avait porté un rude coup aux relations pakistano-américaines.

Le Pakistan a vivement protesté contre la frappe américaine, affirmant n'avoir été prévenu qu'après-coup et qualifiant l'opération de "violation" de son territoire.

Les relations américano-pakistanaises s'étaient déjà sensiblement tendues dernièrement, Washington ayant accentué la pression sur le Pakistan pour qu'il renforce sa lutte contre le terrorisme.

Les Etats-Unis ont accepté de vendre des avions de chasse F-16 au Pakistan mais conditionné leur financement à une lutte plus efficace contre le réseau Haqqani notamment.

Des centaines de frappes de drones américains ont eu lieu sur le sol pakistanais ces dernières années, mais pour la plupart cantonnées dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan. Il s'agit du premier raid américain officiellement mené au Baloutchistan, région du sud-ouest pakistanais où sont basés les talibans afghans.

Mais pour le spécialiste des questions de sécurité Talat Masood, les deux pays devraient rapidement passer outre les tensions, car ils "ne peuvent pas se permettre de se tourner le dos ou de rompre au point de ne plus pouvoir coopérer".

L'affaire pourrait aussi entraîner une plus grande fermeté du Pakistan, qui dit héberger les talibans afin de les pousser à négocier.

"Ils vont probablement accentuer la pression sur les talibans et leur dire +écoutez: il faut que vous négociiez, sinon il n'y a pas de place pour vous au Pakistan", selon M. Masood.

ia/ahe-cnp/rap