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23/05/2016 10:27 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Présidentielle en Autriche : pour les partis d'extrême droite, une courte défaite qui augure de succès futurs

Les partis européens d'extrême droite ont voulu voir lundi dans la courte défaite du candidat du FPÖ à la présidentielle autrichienne le terreau de succès futurs, une déconvenue pourtant symptomatique de leur incapacité à remporter le second tour d'une élection.

Le candidat d'extrême droite Norbert Hofer a engrangé 49,7% des voix, soit à peine plus de 30.000 voix de retard sur son concurrent écologiste Alexander Van der Bellen, un score unanimement salué par ses pairs européens.

"Assurément, cette performance historique annonce des succès futurs pour l'ensemble des mouvements patriotes, aussi bien en Autriche qu'ailleurs dans le monde" s'est ainsi réjoui le parti français Front national, observant "un processus inéluctable".

Matteo Salvini, patron de la Ligue du Nord italienne, alliée du FPÖ et du FN au Parlement européen, a salué "l'air de liberté" soufflant selon lui en Europe. "Bravo Hofer ! Bravo Strache (président du FPÖ, ndlr) ! Bravo le FPÖ !", a aussi tweeté Geert Wilders, le chef du Parti pour la Liberté néerlandais (PVV).

Outre le score de M. Hofer, ce camp a trouvé un autre motif de satisfaction : la déroute historique, dès le premier tour, des partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), au pouvoir en Autriche depuis la Deuxième guerre mondiale.

Le FN y voit un avant-goût de la présidentielle de 2017 en France, espérant que le Parti socialiste sera balayé comme les sondages l'annoncent.

Mais pour l'historien français Nicolas Lebourg, auteur avec Jean-Yves Camus d'un ouvrage sur les droites extrêmes en Europe, la réaction des alliés européens du FPÖ est "typique de la méthode Coué. En politique, il n'y a que la victoire qui compte : une défaite est une défaite."

Norbert Hofer, arrivé avec 14 points d'avance devant M. Van der Bellen au premier tour fin avril, échoue sur la dernière marche. En cause, une participation électorale en hausse et d'importants reports de voix, notamment des partis traditionnels.

C'est la réplique, à un autre niveau, des élections régionales françaises de décembre 2015, quand le FN, pourtant largement en tête au premier tour dans deux régions, avait été sèchement battu au second.

En France, contrairement au SPÖ et à l'ÖVP autrichiens qui n'ont pas donné de consignes de vote officielles, le Parti socialiste s'était ouvertement désisté pour barrer la route à l'extrême droite.

- Les idées infusent malgré la défaite -

Le signe d'un infranchissable plafond de verre ? M. Lebourg n'y croit pas, soulignant en particulier l'absence de "raz-de-marée face au candidat d'extrême droite" au second tour.

"Pendant la campagne, explique-t-il, les politiques autrichiens ont couru derrière la question des réfugiés" et les positions du FPÖ. "Dans l'histoire politique européenne récente, ça s'est toujours payé : à chaque fois ça revient à se pendre."

Le FPÖ, au gouvernement au tournant des années 2000 en coalition avec les conservateurs, a progressé "grâce à un gros travail sur la normalisation et à sa grande plasticité idéologique, parlant cette année des réfugiés et de l'islam, et plus du pangermanisme", souligne-t-il.

Le résultat confirme paradoxalement que la coalition reste le moyen le plus sûr pour une formation de droite radicale d'accéder au pouvoir.

Le FPÖ gouverne dans l'Etat autrichien du Burgenland, frontalier de la Hongrie, avec les socialistes du SPÖ. Pendant plusieurs années, au tournant des années 2000, il a été au gouvernement à Vienne, dans une coalition "noire-bleue" avec l'ÖVP.

Actuellement, en Norvège, au Danemark ou en Finlande, les partis populistes participent aux majorités au pouvoir, voire aux gouvernements. En Italie, la "Lega" a longtemps gouverné en coalition avec Silvio Berlusconi.

Toutes ces formations regardent avec attention le Fidesz de Viktor Orban, au pouvoir en Hongrie, ou le parti conservateur Droit et Justice (PiS) à la tête de la Pologne depuis fin 2015.

Autre enseignement clé : qu'importent les défaites, leurs idées infusent. C'est la thèse du "parti lobby" citée par M. Lebourg, pour qui les formations néopopulistes, sans détenir le pouvoir, imposent leurs thématiques et leur vision de la société.

"L'histoire électorale montre qu'en général, on leur donne un coup de pouce en allant lourdement draguer leurs électeurs" en pensant ainsi les contenir. A 49,7%, comme en Autriche, ça devient, d'après ce chercheur, "potentiellement un coup de pouce victorieux" pour la fois d'après. Et M. Hofer a déjà dit qu'il se représenterait.

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