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23/05/2016 03:11 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

"ExtraNaturel": l'Américain Mark Dion puise dans les réserves des Beaux Arts de Paris

Peintures allégoriques, écorchés anatomiques, ouvrages d'alchimie, momie de léopard.... l'artiste américain Mark Dion a puisé dans les immenses collections de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris pour concevoir une exposition intrigante sur les rapports de la création et du surnaturel.

"J'ai dit à Mark Dion +tu prends l'Ecole avec toutes ses collections+", explique Jean-Marc Bustamante, directeur depuis septembre 2015 des "Beaux Arts de Paris", la nouvelle appellation de l'école.

Connu pour son travail sur les croisements entre l'art et l'idée de nature, Mark Dion avait l'embarras du choix. L'école possède en effet 450.000 oeuvres, dont 2.000 peintures, 3.700 sculptures, 20.000 dessins, 70.000 photographies et 65.000 livres.

Sans oublier le cabinet de morphologie où le plasticien américain a sélectionné moulages et écorchés rassemblés dans une vitrine dite de "l'exquis", à l'entrée de l'exposition.

"Les Beaux-Arts ont été fondés en même temps que l'Ecole de médecine. L'artiste faisait une saisie du réel basée sur l'anatomie et la dissection", souligne Sarina Basta, commissaire d'"ExtraNaturel" (jusqu'au 14 juillet).

Après un "accrochage de salon" (tableaux serrés les uns contre les autres) associant des toiles mythologiques symbolistes, le visiteur est face aux portes de quatre salles. Elles donnent sur quatre univers correspondant aux éléments, terre, eau, air, feu, chacun associé à une couleur.

"Comme les Beaux-Arts sont fondés sur les idées du Siècle des Lumières, Dion prend la collection à rebours avec des systèmes de classification qui ne sont fondés sur aucune des catégories modernes", explique Sarina Basta.

Il s'interroge sur la place de la représentation des êtres naturels dans notre quotidien, n'hésitant pas à glisser, non sans humour, quelques-unes de ses oeuvres dans celles de la collection.

Comme "Sea Life", où des jouets en plastique mou, plongés dans des bocaux emplis de liquides colorés, prennent des airs d'étranges créatures marines.

Elles côtoient des pièces tout aussi étranges - ouvrages sur les êtres hybrides et les sorcières, ou sur les "Curiosités singulières" - mais aussi des gravures de grands maîtres (Tiepolo, Dürer, Goya...).

Au total 140 oeuvres des collections ont été retenues par Dion, qui présente aussi des créations d'artistes contemporains (le duo Art Orienté Objet, James Lee Byars, Jimmie Durham, Olivier Mosset...)

Dans la dernière salle, une cabane en bois, le "Dark Museum" (le musée de l'ombre), "représente la fin de la civilisation, et en même temps, un lieu où on se retire du monde", explique Sarina Basta.

A l'intérieur, des coffrets précieux contiennent une tête de loup empaillé et une "corne de licorne".

"On peut voir l'oeuvre de Mark Dion comme un cabinet de curiosités en trois dimensions, résume-t-elle, mais un cabinet dont nous faisons partie".

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